un coup de rétroviseur

Hello. Voici les  111 images qui ont animé le haut de la page du blog depuis début octobre.

DSC00075 DSC00053 DSC00049 DSC00055 DSC00058 DSC00191 les mecs aus oiseaux-00168 singe-00260 chercher charlie-00390 crête-00475 Pokhara 2-00697dauraghiri-00822 Pokhara 2-00712 Pokhara 2-00710 monastère-00984 ferme-00925shiva kakani-01217 retour à KTM-01298 Delhi-01443 Delhi-01430 moucharabieh-01536 façade palais des vents-01651 Zéphyr rickshaw-01687 taj LA photo obligatoire du voyage-01868 mer 1-02132 matrimandir zoom-02565 mahabalipuram rue sunset-02595 manadala craie-02608 colline hanuman-02296 pêcheur hampi-02378 backwater-02907

les Gopurams
les Gopurams
cinéma en Tamil. on ne comprend pas mieux qu'n Hindi
cinéma en Tamil. on ne comprend pas mieux qu’en Hindi
madurai, où on n’a jamais entendu parler de la vache folle

 

Poothys: 5 étages de Sarees et fringues/ comme un petit ait de Noël
Poothys: 5 étages de Sarees et fringues/ comme un petit ait de Noël

 

10ème anniversaire
10ème anniversaire

 

depuis le train
depuis le train

 

comment essayer de rentrer dans le train/ à défaut d'avoir une place assise
comment essayer de rentrer dans le train/ à défaut d’avoir une place assise

 

guesthouse d'architecte/ à Colombo
guesthouse d’architecte/ à Colombo

 

Les promesses des toilettes/ le parfum nous laisse incrédules
Les promesses des toilettes/ le parfum nous laisse incrédules

 

petites tortues-03335
tortues de 3 jours, Cette nuit elle seront remises à la mer, 20% survivront

 

les voir de tout près tout près
les voir de tout près tout près

 

Swing
Swing!

 

à bicyclette
à bicyclette

 

un 11 janvier pas comme les autres
un 11 janvier pas comme les autres

 

tri sélectif, et pour les chats, quelle couleur
tri sélectif, et pour les chats, quelle couleur?

 

shooting #2/ on en a encore quelques unes en stock
shooting #2/ on en a encore quelques unes en stock

 

dans le bus
dans le bus

 

King of the road/ si si c'est écrit dessus
King of the road/ si si c’est écrit dessus

 

reflets des remparts de Galle
reflets des remparts de Galle

 

shooting photos de mariage
shooting photos de mariage

 

Milford Sound/ la croisière s'amuse en polar dans un fjord
Milford Sound/ la croisière s’amuse en polar dans un fjord

 

Ici non plus il n'y a pas de wifi
Ici non plus il n’y a pas de wifi

 

encore un mouton/ mais un gros
encore un mouton/ mais un gros

 

c'est par là/ ou par ici
c’est par là/ ou par ici

 

tout droit, le pôle sud
tout droit, le pôle sud

 

le glacier Franz-Jozef/ il fond...
le glacier Franz-Jozef/ bien plus gros que chez Zizi

 

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Fantail Falls/ un lieu vivant

 

Salle de classe/ ce n'est pas un poster
Salle de classe/ ce n’est pas un poster

 

en suivant le guide...
en suivant le guide…

 

West Coast/ comme l'indique le soleil couchant
West Coast/ comme l’indique le soleil couchant

 

Hobbiton/ cette fois on est vraiment dans un décor de film
Hobbiton/ cette fois on est vraiment dans un décor de film

 

Sur la route
Sur la route

 

Tutira Lake/ et le vent l'emportera
Tutira Lake/ et le vent l’emportera

 

Tongariro Northern Circuit/ crak en trek version kiwi
Tongariro Northern Circuit/ crak en trek version kiwi

 

Un campement/ notre chez nous du jour
Un campement/ notre chez nous du jour

 

On pense à vous/ même de loin
On pense à vous/ même de loin

 

un peu de sable/ on a oublié les luges
un peu de sable/ on a oublié les luges

 

rencontre du Pacifique et de la me de Tasman/ et du masculin et du féminin pour la légende maorie
rencontre du Pacifique et de la me de Tasman/ et du masculin et du féminin pour la légende maorie

 

Auckland/ de puis un des ses 11 volcans (éteints)
Auckland/ de puis un des ses 11 volcans (éteints)

 

rugby-05568
le sport national / est-ce qu’on est musclé parce qu’on fait du rugby ou est-ce qu’on fait du rugby parce qu’on est musclé?

 

rivière Bangkok-1
renouer avec des transports en commun peu communs

 

cam surveillance Bangkok-1
Souriez, vous êtes filmés/ selfie sur caméra de surveillance
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Je vous dégage les oreilles?
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36°! /et 100% d’humidité.
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Sky train in Bangkok
k'est-ce qu'ils ont grandis!
k’est-ce qu’ils ont grandis!
le premier de nous deux qui rira
le premier de nous deux qui rira
droit dans le soleil
droit dans le soleil
au frais / avec les chauves souris
au frais / avec les chauves souris
work in progress
work in progress
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un coquet petit chez soi/ toujours ouvert pour un thé ou une offrande
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avec un chat, mais ce n’est pas un selfie
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Maman les petits bateaux…
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regards sur l’étranger/ que nous sommes
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splendeurs déchues/ à Inn Dein
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que du beau linge
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des origines de la photocopieuse 3D
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Inwa, ancienne capitale/ parmi une dizaine d’autres
Bagan-06760
12° de panorama à Bagan/ sur 360°
dans l'arbre-07055
cueillette
Z'avez les papiers du véhicule?
Z’avez les papiers du véhicule?
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Wat Phou/ Site pré-angkorien (sauf les personnages)
tête levée-08116
le nez en l’air/ et les pieds dans le bronze
sous la protection des najas
sous la protection des najas
le grand saut-08086
le grand saut/ dans l’art khmer

 

Rothko au Ratanakiri
Rothko au Ratanakiri
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reflets d’Angkor Wat
enigmatique bayon-08633
Enigmatiques visages du Bayon
en attente de clients-08687
en attente d’enfants
le bleu est une couleur chaude-08697
le bleu est une couleur chaude
entre le ciel et l'eau
entre le ciel et l’eau
le magasin reste ouvert pendant les transformations
le magasin reste ouvert pendant les transformations
retrouvailles maritimes
retrouvailles maritimes
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Kep sunset
contraste à Phnom Penh
contraste à Phnom Penh
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Arnaud & Claire
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Raphaël
Suzon nb-09461
Suzon
Gaïa nb-09513
Gaëtane
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Zéphyr

Sawatdiikhâ again!

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la plage…

 

On termine la boucle asiatique par la Thaïlande. Et comme on ne part pas en vacances cet été (pas taper!), on a décidé de s’accorder une petite semaine de repos sur l’île de Koh Tao dans le golfe de Thaïlande. Vu sa géographie, elle devrait nous épargner des premiers frémissements de la mousson annuelle. C’est aussi un pôle pour tous les apprentis et les mordus de la plongée tant les eaux sont claires, préservées et accueillantes pour des coraux et des poissons et crustacés multicolores.

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encore la plage, mais ailleurs!
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toujours la plage.

 

Quant à nous, on a remis notre open water PADI (un peu comme un permis de plonger) à la prochaine fois, et on a profité d’un accès direct à la plage, de pas mal de soleil, de snorkeling improvisé à quelques brasses du sable, de journées qui se ressemblent, commencent par un petit déjeuner sur la plage et se terminent au même petit resto le soir après l’une ou l’autre tentative de posture de yoga collectif au soleil couchant. Bref la galère!

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encore la plage, à un kilomètre près.

 

On a aussi tenté de découvrir l’île en marchant. Si elle est pentue -un petit sommet à 379m-, beaucoup de chemins sont privés, on traverse des resorts très chicos mais il arrive toujours un moment où le chemin indiqué sur la carte est barré d’un panneau qui menace le promeneur de le tirer comme un lapin… Les enfants y ont testé le massage thaï pour le plus grand amusement des petits et des professionnelles, riant tout du long et immortalisant la rencontre en fin de séance.

L’île est tout entière dévolue au tourisme. On retrouve des Birmans dans le personnel pléthorique de la guesthouse (les femmes portent les peintures de Tanaka et ils reconnaissent le T-shirt de Zéphyr avec l’alphabet caractéristique acheté à Bagan), décidément tellement liants.

Après 6 jours, ou quand tu te demandes si tu ne ferais pas un mini-golf, on se dit qu’il est temps pour nous de regagner Bangkok.

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Le voyage mi-jour, mi nuit est encore une fois épique et on est largué sur un trottoir inconnu à 5h30 après une nuit dévastatrice plus que réparatrice. Faute d’infos, on prend un taxi pour faire les 600m qui nous séparent de notre rue-destination et on s’affale dans la chambre familiale à « early check-in ».

On a choisi LA rue à backpacker. On ne s’en rend encore pas très bien compte lorsque nous la quittons vers 9h30 pour marcher jusqu’au zoo. On découvre des styles de quartiers populaires qu’on n’avait pas vu lors de notre passage il y a 3 mois et ça nous plaît bien.

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deux animaux avec la bouche grande ouverte
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la collation des hippos: du chou cru.

 

Le zoo est un zoo, plutôt bien fait, et qui a beaucoup plu aux enfants. Que demander de plus? On rentre en bus vers Khao San road pour découvrir une rue transformée. Les rideaux de fer se sont levés, révélant une suite ininterrompue de bars, tatoueurs, salon de massages et agences de voyages, avec en double file des marchands ambulants de toutes sortes: fringues, street-food (and drink), cartes d’identité, d’étudiants, permis de conduire, brochettes de scorpions et autres insectes. Toute la panoplie du backpacker insouciant venant griller quelques neurones est là.

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Khao San road se prépare pour la nuit.

 

Notre chambre est dans une arrière cour, cela nous permet de ne profiter qu’à demi-volume de la party à ciel ouvert qui durera jusque bien après notre endormissement.

On met à profit nos quelques jours à Bangkok pour visiter quelques lieux culturels et commerciaux. Mention spéciale à la maison de Jim Thompson et au marché de Chatuchak.

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visite à la Jim Thompson’s House

 

On alterne bus, taxi, métro aérien et bateau: la ville est gigantesque et trépidante. Les distances sont grandes, il y a des dimensions qu’elle gardera secrètes pour nous: pas de red district ou de rive ouest trop éloignée.

On n’aura pas réussi à contempler le coucher du soleil depuis le SkyBar qu’on avait repéré. La grimpette des 64 étages s’est déroulée impeccablement (en ascenseur, ouf) jusqu’à l’accueil aussi souriant que ferme d’une dame en grand tralala qui nous a expliqué que décidément non, les tongs, les shorts et tops à bretelles n’étaient pas appropriés pour fréquenter cet établissement qui de plus n’acceptait pas les enfants de moins de 7 ans. Première expérience de relégation accompagnée d’intenses frustrations que nous avons fêtée en allant manger un gâteau au Starbuck du coin.

Le soleil se couchera aussi demain.

Le touriste, le voyageur et l’appareil photo

photographes Jaïpur-01656

(Oups! Deuxième verbiage en deux postes. Pardon, on se rattrapera.)

Au moment de partir, on se dit qu’on ne sera pas des touristes ordinaires. On va vivre en route pour 9 mois et cela devrait normalement suffire à nous différencier des vacanciers que nous étions jusque là et qui bougent au rythme des congés payés ou pas.

Drôle d’orgueil d’ailleurs que de vouloir échapper à ce statut de touriste. Il faut dire que le mot a pris une tournure un peu péjorative. La lecture de blogs, de récits, de guides de voyages nous abreuvent de commentaires et réflexions décrivant tel site comme « préservé du tourisme, on hésite même à en parler » ou telle population ayant irrémédiablement sacrifié ce qui faisait le charme de sa région sur l’autel du tourisme de masse.

Nombres d’agences locales vendent aussi des expéditions « off the beaten tracks » et « pas touristiques ». On rigole doucement de ces signes absurdes qui reflètent bien la valeur négative qu’est devenue le tourisme. Et du fait qu’on semble ne pas être les seuls à se poser la question.

Bref, le tourisme a mauvaise presse et nos ambitions pour ces 9 mois sont évidemment bien plus pures et élevées que d’aller gonfler des statistiques et consommer des forfaits Neckermann.

On se promet donc de privilégier les chemins de traverses et de court-circuiter les intermédiaires trop gourmands pour aller directement à la rencontre des gens du pays, tels les voyageurs sincèrement en quête d’authenticité que nous sommes bien sûr.

On part pétris de beaux idéaux solubles et de principes intraduisibles.

Et on se fantasme à mi-chemin entre:

Corto Maltese

et

jones

 

pour être en fin de compte accueillis comme des:

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Il y a donc un travail d’ajustement à faire, à chaque fois. Et c’est un peu fatiguant!

Ceci dit, on le cherche un peu. Une famille qui se trimballe avec 4 enfants doit forcément être pleine aux as ( ce qui est vrai à l’échelle de la plupart des pays visités) et mérite donc de participer pleinement à l’économie locale en se faisant (l’expression change d’un pays à l’autre):  plumer, raser les cheveux sur la tête, pigeonner, déshabiller, etc…

Afficher de la réticence fait partie du jeu, franchement résister est plus mal perçu. C’est quoi ces gens qui veulent prendre le bus alors qu’il y a 5 tuktuks et autant de taxis qui cherchent le client? Expliquer qu’on est en route pour quelques mois et non pour deux semaines éclairs, raconter qui on est, pourquoi on est là aide un peu à adoucir le contact. Dans tous les cas, jouer la montre, prendre son temps. Ne pas dire oui ou non tout de suite à la formidable proposition commerciale mais faire mariner le bonhomme. En gros, mettre en place les conditions d’une rencontre, aussi minimale et triviale soit-elle, pour échapper à l’étiquette qu’on nous colle de facto sur le dos. Les enfants, parfois malgré eux, sont aussi vecteurs de l’échange. Ils suscitent commentaires et questions, aident à établir un contact qui échappe au tout mercantile.

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Car c’est bien sûr là la base. Notre présence est d’abord perçue comme la matière première qui fait tourner l’industrie touristique. On a une fonction sociale. Des jobs, la subsistance de nombreuses familles dépendent de l’afflux ou non de touristes. Il faut rester quelques jours dans un lieu pour dépasser cela, prendre ses habitudes dans une cantine, croiser les mêmes personnes aux mêmes endroits pour que s’établissent enfin des petites connivences. Arbitrage à recommencer sans cesse entre le plaisir de rester et le désir de partir plus loin.

Et puis il y a des jours aussi où la fatigue ou la lassitude se font sentir, ou on plus envie de devoir réexpliquer, de se lancer à nouveau dans des négociations stériles et où on assume bêtement être des bêtes touristes qui disent non pour le principe parce qu’on n’a pas à ce moment-là l’énergie des voyageurs.

Mouvement de balancier donc, entre une situation où on nous attend de facto et qui ne correspond pas à l’ envie de voyage qui nous meut.

Avec des variantes en fonction des pays. Trois exemples pour illustrer le propos? Allez d’accord:

– en Inde, tu n’es jamais seul. Mais c’est chacun pour soi et les dieux pour tous. Tout est possible mais rien n’est prévu, créativité et débrouillardise de rigueur! Et résiste à la pression: il y a du monde prêt à t’aider.

– gros contraste avec la Nouvelle-Zélande où tout est balisé, tout est programmé et tarifé. Personne pour t’emmerder mais ne t’avise de sortir des clous, les citoyens veillent.

– C’est encore différent au Laos, Le jeu ici est de cacher l’info. Tu n’as pas besoin de savoir où est la gare de bus ni même s’il y en a une vu que tu vas prendre le minivan tout spécialement prévu pour toi.

« Touriste, je te veux. Touriste, tu resteras; » semble nous dire la première ligne de ceux qu’on croise à la sortie des gares et au comptoir des guesthouses. Et puis quand on prend le temps -encore- d’aller se balader au-delà des chemins repérés par les bouquins, parfois ce n’est pas plus loin qu’un pâté de maisons, on peut trouver des « vrais gens ». Appellation un peu biscornue pour désigner ceux qui ne dépendent pas directement de notre manne financière, pour qui nous ne sommes finalement que des étrangers en vadrouille dans leur quartier.

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C’est là que peuvent avoir lieu des rencontres. Avec des peintres en bâtiment ou de sculptures religieuses, avec des bouchers et des coiffeurs, des pompistes ou des fabricants de hamacs.

C’est pour ça qu’on aura beaucoup marcher dans les villes et les villages. C’est à pied, en étant lent, en traversant des rues et des cours qu’on aura vu l’envers du décor présenté dans le Routard ou le Lonely. C’est dans ces coins là qu’on aura cru sentir la pulsation d’un coin de pays, qu’on aura en tous cas approché la vie quotidienne d’une partie de la population de ces pays traversés.

Ceci dit, barrière de la langue aidant, on en apprend souvent plus sur un pays dans un bon article de presse. Le voyage nous permet de sentir le détail, mais rarement de comprendre le global. Les quelques conversations un peu plus poussées qu’on a pu avoir l’étaient avec des expats ou des gens parlant un peu d’anglais. Cela induit un regard particulier.

Les promenades en ville sont rarement douces ou reposantes comme elles peuvent l’être au milieu des champs ou de réserves naturelles. Et pourtant nous en auront imposé beaucoup aux enfants, les plus jeunes ont fini par anticiper et redouter ces sorties aux buts nébuleux (encore un temple! chouette un marché!) et aux itinéraires vraiment pas conçus pour des piétons. Parce que c’est là aussi que se trouve l’âme de ce grand voyage, dans le détour, le chemin indirect et la rencontre pas prévue avec des enfants à moto ou un tamarinier dont les fruits jonchent le sol.

Tu l’as vue venir la belle grosse contradiction. Voilà que ce petit texte se transforme en éloge de la lenteur et de la marche alors qu’on n’aura jamais autant pris l’avion ou fait un tel ratio de km/jour que durant ces 9 mois. Pas d’autres solutions que d’assumer paisiblement le fait. Voilà peut-être là où je place ma petite fierté de voyageur: accepter d’être toujours le touriste de quelqu’un mais un touriste qui réfléchit à ce qu’il fait. (flagrant délit d’auto-complaisance, on n’en sortira jamais!).

bus bangkok-05627

Et l’appareil photo dans tout ça?

On voulait l’appareil modeste, petit. Que l’interface entre le photographe et le photographié ne prenne pas trop de place. Le gros réflex est resté à la maison et un petit compact nous a accompagné. Joli symbole du touriste que cet objet là. ll faut  bien avouer qu’à six, avec nos tailles, nos sacs et nos tronches on donnait d’autres indices de notre statut. Mais celui là, le gars qui prend une photo, me semblait vraiment être la cerise sur un gâteau déjà un peu trop crémeux. Il arrivait que l’appareil reste au fond de sa housse. Parce que le moment a été privilégié sur sa captation ou parce qu’il était trop fugace. Il est des magies qui ne durent pas le temps de déclencher quand on ne s’y attend pas. Et c’est bien aussi.

Des milliers de photos quand même ont été prises. Et des milliers d’autres ne l’ont pas été. Il y eut des photos offertes et des photos volées, sans que cela aie forcément d’incidence sur leur qualité d’ailleurs.

Des idées de reportages photos aussi sont apparues. Non concrétisées faute d’investissement en temps. Ce n’était pas le projet du grand voyage. Il faudra revenir.

Nous avons aussi beaucoup été photographiés, les enfants surtout. Allez savoir pourquoi, les adultes ont eu moins de succès!

Souvent par d’autres touristes, sur des lieux très fréquentés. Parfois tout simplement dans la rue ou un commerce par les gens qui vivent là. On a fait connaissance avec d’autres usages de la photo, de ses possibles mise en scène et des ses finalités. Mais que vont bien pouvoir faire tous ces gens de photos d’eux entourés de Gaëtane qui sourit, de Raph qui fait une grimace, de Suzon qui regarde ailleurs et de Zéphyr qui boude? C’était parfois fait en douceur, parfois de manière très interventionniste; toujours avec curiosité et bonne humeur. Et de constater que l’appareil photo le plus populaire, c’est le téléphone.

Touristes, nous l’avons été pour d’autres qu’on le veuille ou non. Il nous est arrivé d’agir comme des voyageurs. Et la surprise est venue d’être à notre tour des curiosités touristiques.

photographes Orccha-02083

Sur ma route oui, il y a eu du move oui…

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Ceci n’est pas un bilan

A l’heure de préparer le retour, on tente un regard rétrospectif sur l’aventure du grand voyage, ses certitudes ébranlées, ses profondes surprises, ce qu’on a envie de garder et le rapport entre tout ça.

Jusqu’à Alzheimer, on est tous tatoués par ces neuf mois de ballade à six dans l’ailleurs. Attention, ce post sera franchement impudique voire même carrément ennuyeux pour qui préfère Bruce Lee à Barbara Cartland. En plus c’est longuet, ami lecteur, ne te sens pas obligé de te farcir tout ce blabla. Lire en diagonale n’est pas pécher.

Partir et revenir

L’intuition du rêve initial, fort naïf mais tellement porteur, nous a fait quitter pour un temps familles, amis, maison, boulot, et (presque) tout le confort moderne. A la veille de plonger dans les retrouvailles, de percevoir déjà la chaleur de l’accueil, on est encore plus confiants dans l’idée que le détachement est une épreuve que dépassent aisément les coeurs vaillants de nos proches. Bien sûr, voyager en 2015, soit dans l’ère post-révolution numérique n’a rien à voir avec les voyages entrepris il y a 40 ou 20 ans. Même avec un wifi en dents de scie, on n’a jamais été bien loin de nos mails, ni même des nouvelles du pays. On a ainsi sursauté avec Charlie et les Tunisiens, suivi les mouvements de grève désespérés, pleuré avec le Népal trop tectonique. Et puis regretté parfois de ne pas être à vos côtés les jours plus gris. On n’a pourtant pas beaucoup skypé, réseau hésitant et média qui nous convainc peu, on a préféré vous lire et vous écrire, même parfois se taire, eu le temps de penser à vous plus souvent avec les enfants. L’amitié peut bien se permettre la liberté.

On retrouvera avec un profond bonheur aussi notre maison, qu’on aime, et parce que ça fera du bien de retrouver un nid. Puis tout ce qu’elle contient, les choses. Pendant neuf mois, on a soupesé et porté chacun des objets quotidiens. On a voyagé relativement léger; quelques fringues et affaires de toilette, une pharmacie, des moustiquaires et deux petits matelas, un trop lourd sac d’école, un pas moins lourd sac ordi/cables/passeports/canif/ficelle. L’histoire ne dit pas encore si ce relatif détachement matériel aboutira à une sobriété heureuse ou à un rattrapage gourmand, sans doute un peu des deux.

Voyager en famille

On pourrait écrire que pendant neuf mois, nous avons chanté à six sur les airs de la famille Trapp, que ce fut une succession d’aurores pour célébrer l’harmonie familiale,. On aurait pu s’en tenir à décrire ici le sentiment puissamment vibratoire de voir grandir une équipe (pour paraphraser Marc Wilmots), un vrai souci des autres, une solidarité dans ce petit système, confronté à l’étrangeté d’être étranger. On a été étourdis de contempler la faculté d’adaptation de ces gamins, c’est pas une légende.  Il  y eut  aussi des fois, on s’est dit qu’on les mettrait bien sur eBay ou qu’on allait se faire un resto à deux, ou même se prendre un temps en solo. Ca n’a pas toujours facile pour chacun de trouver et d’apprécier sa place dans cette cellule en vase quasi clos. Tout partager, du lit à la bouteille d’eau, de la liseuse aux jeux des plus jeunes. Du coup, des centimètres de drap et des minutes d’Ipad ont été décomptés, il y a eu des explosions quand ce n’était pas juste. Mais globalement, c’est quand même pas mal de se donner tout ce temps-là ensemble, de découvrir à six, de rire beaucoup, de tenter de répondre à leurs questions infinies de l’exploration des possibles. Parallèlement, chacun est très heureux de retrouver son univers, sa chambre, ses copains, son camp ou son boulot! Et que c’est riche aussi de vivre des choses séparément et de les ramener, ou non, au bercail. Outre les souvenirs de la route, on espère avoir transmis un peu de goût pour l’audace et l’envie de vivre ses rêves, plutôt aujourd’hui que demain. On a croisé des lignes de vie largement moins longues et moins chanceuses, d’autres très insouciantes. Puisse les leurs être choisies.

Notre responsabilité de parents, c’est d’assumer les risques de l’inconnu et de ramener tout le monde à bon port. Un papa français croisé à Madurai, Sud de l’Inde avec sa petite famille avait cette image, tellement juste à nos oreilles; « la santé des gamins c’est comme le toit de la maison, ça ne peut pas prendre l’eau ». On a tous été un peu malades, et tout vacille quand par exemple, la grande fille affiche 40°c et se tord de douleur, les voyants de la vulnérabilité clignotent dangereusement , en proie à tous les doutes… et on vénère la salvatrice piqûre d’antibiotique no name. Des bobos (deux flacons d’hélycryse-rescue et trois tubes de nux vomica), mais la maison tient le choc jusqu’à présent, palu pas pris, oufti!

Il n’y a pas d’âge , ni dans un sens, ni dans un autre, pour appréhender le monde et les gens, les inepties et les injustices, les beautés et les forces du centre de la terre. On y croyait, on en est sûr.

Faire l’école

Aaaah! Voilà bien un sujet qui ne fait pas rêver, ni les scolarisés ni les scolarisants. On a renoncé au programme d’enseignement à distance de la Communauté française, désespérant de pédagogie old fashioned et de rigidité administrative has been. On s’est donc lancé en free style, programmes et conseils des maîtresses en poche et avec des manuels pluridisciplinaires français. On a trouvé plein de ressources mises en lignes par la généreuse communauté des profs. On aurait pu investir encore beaucoup plus d’énergie dans la planification des séquences et la meilleure voie de faire découvrir les matières à chacun… Mais on a surtout improvisé et tenu un journal de classe comme preuve de la non-déscolarisation de nos enfants. C’était la première année qu’on mettait notre nez dans les devoirs, jusque-là, ils se débrouillaient (bien) sans nous. Trouver le temps et les conditions pour l’école n’a pas toujours été facile. Mais les enfants, trop motivés de retrouver leur classe, leurs maîtresses chéries et bien sûr les copains l’an prochain ont été vraiment coopérants. On a misé sur le maintien du lien affectif fort avec l’école; des cartes postales, des mails, on a reçu des photos des classes vertes… pour donner du sens à nos heures de travail. Là, ils sont chauds boulettes pour raconter l’une ou l’autre découverte à leur petits camarades. On espère avoir relevé le défi et qu’ils ré-intègreront sans encombre leur classe dans l’année supérieure. N’empêche. On en a appris des choses. Pas encore les fleuves et affluents de Belgique ou la bataille de Waterloo mais des mots bizarres comme mangrove, palanquin et bidonvilles, et puis des rudiments d’Anglais de backpackers… Ca promet! On n’a pas réussi à éradiquer les « si j’aurais… » et « j’suis y allé. ».

« C’est quand même les maîtresses des écoles qui sont les plus meilleures! » Z. Notre  considération pour le travail des institutrices et instituteurs en est renforcée! Valérie, Charlotte, Laurence, Alain, Mesdames Lorge, Mahy, Papens, Becquet et Noltincks, Merci et vivement la rentrée!

Ecrire un blog

Comme un écho du voyage, une lorgnette ouverte sur notre aventure.

Bien sûr, de nombreux épisodes échappent à la rédaction. D’un autre côté, on n’aura jamais autant dévoilé ce qu’on vit, ce qui nous passe par la tête et sur le coeur au grand flot des lecteurs de l’interweb et de la NSA!

On a écrit à deux, enfin plutôt à tour de rôle, sous la critique constructive de l’autre (joies!). « Dans cette phrase, on comprend vraiment rien ». « Non, mais là c’est trop cynique, on peut pas écrire ça ». On a navigué entre le souci de vérité chronicologico-historique et celui de ne pas barber ou heurter définitivement le lecteur sous-marin et les quelques fidèles comments feeders, l’award du plus rapide/fréquent/personnel commentateur se dispute encore entre Anne et Mamy, à vos claviers!  Merci à chacun, quel plaisir de lire vos réactions!

Blogguer nous a pris du temps, et nous a rendu de l’énergie. Le récit nous a souvent aidés à digérer des situations, à articuler l’un ou l’autre bout d’idées. On avait aussi envie d’en faire un lieu plutôt joli, avec des photos qui racontent à leur tour. On n’a pas révolutionné le genre (franglais, références d’un ghetto socio-culturel, structure spontanée et phrases en ‘on’), juste pris ce pli de laisser monter le sujet du prochain billet et puis de le pianoter, souvent tard le soir, parfois l’heure où le style est moins maîtrisé. La relecture avant publication à la faveur d’un wifi tangible aura été bien souvent salvatrice. legrandvoyagepointbaieeux se clôt bientôt, il aura entretenu notre goût à tous les deux pour l’écriture, même si ce n’est ni un scénario pour court métrage fauché, ni un projet de communiqué de presse sur une maison de repos bien-traitante.

On n’a pas réussi – ni même essayé- d’en faire un carnet pratique. C’eût pourtant été un juste retour des milliers d’infos glânées sur des blogs/forums de voyageurs essaimant les horaires des bus qu’on ne trouve nulle part ailleurs (mais un mot, une question et admin@legrandvoyage.be fera le reste!). On a moins associé les enfants qu’on l’imaginait au départ, ils ont lu et reliront sans doutes les pages.

(L’usage répété de la parenthèse est évidemment une figure de style récurrente pour évoquer l’expérience ponctuelle de 9 mois, mais tu avais compris tout ça!).

Défaire son sac

On n’a pas fort changé, tu sais! Mais on rentre quand même avec deux-trois choses en poche qu’on espère bien conserver précieusement.

Sûrement l’habitude prise tout naturellement de papoter des heures avec les enfants, de tout, de rien, du prochain déguisement pour le carnaval, de comment poser le vernis sur sa main gauche quand on est gaucher, des prénoms des futures poulettes du jardin, la vie quoi! Neuf mois qui nous filent une sacrée patate à tous les deux, un rêve porté et assumé à deux, on accroche une plume à notre arc, ou une étoile sur le cake comme on dit.

Aussi, on ramène l’intention de garder de la place voire de planifier la nonchalance, l’improvisation et la liberté. On a apprivoisé notre planning incertain pour en faire un éventail de routes possibles selon le feeling, le mood et les needs de chacun. So nice, sin’t it? On sera peut-être les réfractaires de l’agenda qui se remplit trop vite, pour se ménager de l’espace, ne pas courir derrière les activités et les doodles, dire ‘on verra…’.

On a confirmé notre goût pour la vie au grand air. Le camping, les bungalows en paille ou en bois, l’air du large, les bruits de la montagne, la lumière de la campagne et aussi les pulsations des villes ont fait beau notre quotidien. Ne pas s’étonner si on redouble de pic nic, et de ballades, s’inquiéter peut-être si on campe dans le jardin en plein hiver et encore.

Et puis les envies d’autres voyages portent nos sacs à dos. Jamais plus ce long cours saisi cette année, mais des petits voyages, peut-être en équipe réduite ou avec d’autres, « Y a pas de bout du monde »Z. encore. On a vu des merveilles de tout poil mais c’est notre oeil dans le kaléidoscope des réalités humaines qui nous a nourris plus encore. On sait que c’est la route à six, sertie de tous ces visages qui a fait notre grand bonheur du grand voyage.

Lost in translation

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Le grand voyage, ç´aura aussi été des trajets, déplacements, exercices de mobilité, expérimentation de moyens de transports en tout genre… La route. Ses impondérables. Ses lenteurs. Ses rencontres.

A chaque fois, on bosse un peu le dossier avant; vigilance sur les offres affichées en rue et marchandage sur la longueur (posture C.37, je ne suis pas pressé), lecture d’un guide, de récits sur des blogs de voyageurs généreux, des contacts avec des locaux. [Parce que dans beaucoup de pays, les touristes ont du mal à prendre les mêmes bus et à obtenir les mêmes tarifs que les vrais gens… Parce que c’est une trop belle opportunité pour une floppée de petites ou grandes sociétés et que l’info est difficile à catcher. C’est vrai que les conditions de voyages ne sont pas les mêmes; bus direct AC versus camionnette bondée, siège de jardin dans l’allée sur un sac de riz, arrêts multiples parce qu’on dépose les gens devant chez eux et ambiance vomito, pourtant on a aimé ça aussi. parfois.]

Ce jour-là, on quitte Koh Kong, ville frontalière du Cambodge, destination; Koh Tao, une île où se poser, écrire des posts, en Thaïlande.

On part donc vers 9h30, petit déj et  bouclages de sacs; check.

Un tuk tuk nous attend (c’est tous les jours le cas devant les GH, un tuk tuk attend son heure pour offrir ses services quand ils ne sont pas trois ou quatre et te font mil propositions d’excursion, alors que tu vas juste au marché, ‘maybe tomorrow´).

Avec tous nos sacs, on est un peu à l’étroit mais après un bon quart d’heure, on arrive au poste frontière. Je suis toujours un peu ‘chose’ au moment de quitter un pays. Le syndrome des pages qui se tournent, celles d’un passeport, un passage de port.

On a aimé éprouver les frontières, quitter un pays (la petite photo, la capture des empreintes digitales, remplir -six fois- une déclaration pour dire qu’on n’a rien à déclarer,…), parcourir à pied le no mans land, ne pas savoir répondre aux questions des enfants (Et ça s’peut quelqu’un qui meurt entre les deux pays? Il est mort où?) et repasser le check in on arrival, même cérémonie pas bien loin, des mitrailleuses veillent. Celle-ci se fera sans « pas de deux pour un backchich ». Du coup on garde nos accus full pour les 24h à venir.

On redécouvre la Thaïlande et son organisation hors paire pour ce qu’on connaît de l’Asie du Sud Est. Et hop dans un minibus feutré où notre famille fait l’appoint, rempli le van il est, on part pour une bonne heure vers le hub régional, Trat, (intérêt nul). Gare routière, guichet avec un gentil traducteur qui vient me prêter main forte par plaisir, en poche 6 billets pour Bangkok. Au royaume de Siam, y a même un tarif réduit pour les enfants, partout ailleurs, un siège est un siège, quitte à s’y mettre à trois. On embarque à 11h30, sans rien avaler pour cinq heures annoncées, six dans la vraie vie, de bus à l’airco si poussé qu’on sort les pulls, tapis dans l’ombre de nos sacs depuis des mois. Heureusement, on fait une pose vers 14h dans une station service où une supérette nous régale de ses barquettes en plastoc réchauffées au micro ondes, bisphénols absorbés, dieux de la détox, priez pour nous.

On arrive à Moh Chit, gare routière Nord de la tentaculaire Bangkok. Les embouteillages nous  permettent de détailler les innombrables gratte ciels et autres prouesses architecturales de cette mégapole frétillante. La gare de bus elle aussi est tentaculaire. On cherche en vain le bus 158 ou le bus 49 qui nous relieraient à la gare ferroviaire. Errance, toujours chargés, à travers les allées envahies d’échoppes de faux Iphone, de Ray Bann et autre rolex, histoire de réussir sa vie à moindre coût. L’équipe a chaud, les infos contradictoires, c’est l’heure du crépuscule, on renonce finalement au bus introuvable et on s’engouffre dans un taxi, ici ils sont roses fuschia, moi j’aime bien.

Autoroute urbaine, téléportation à la gare toute fourmillante.lost in translation2-09127

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Et là on tombe sur Laurent, Armelle et leurs trois filles, rencontrés au Laos. C’est assez fou, on s’embrasse, on s’en remet, s’échange les derniers bons plans et on s’arrache « à la prochaine en Europe! » en courant pour grimper dans le train de nuit vers le Sud. 19h34, le train s’ébranle. On fait la connaissance de nos voisins immédiats et on s’installe pour un deuxième repas n’importe quoi dans la journée. Un « accompagnateur de train » vient ensuite déployer les couchettes et faire les lits, tout juste si il ne nous borde pas et ne nous chante pas une berceuse. Le wagon s’endort d’un seul homme.

Et à 4h 07, le gentil commis vient nous réveiller, dans 5 minutes on entre en gare… hagards, surpris encore que dehors il fasse bien plus chaud que dedans, on est sur le quai, avec tous nos paquets et des dizaines d’autres aventuriers du rail, euh surtout des oiseaux des îles, genre étudiants en fin d’examen dont les parents financent une quinzaine de détente. lost in translation4-09131

Je sors la cartouche petit déj’, injure à tout équilibre alimentaire; boites de chocopops. Et les deux heures qui nous séparent de l’aube et du bus s’écoulent à coup de jeux de cartes. On adore jouer à bataille avec ses enfants, dont les mauvais perdants bagarreurs et les gagnants arrogants sur un quai de gare, à 5h03. Voyager avec sa famille, un rêve de bout en bout!

Le bus est un cageot à touristes et sacs à dos volumineux, le jour en profite pour se lever et nous voilà à l’embarcadère de Chumphon. Bateau expresseke, trois heures de cahutage entre des voyageurs vaseux, houle et ciel bouché, l’estomac chavire un peu de ses émotions industrielles en milieux agités.

Il est 10h bien tapé, enfin la terre ferme, les sacs sur le dos, direction la plage sud de l’île et une bonne adresse donnant sur la mer. On s’y pose, sur la plage et dans l’eau avant un vrai repas.Koh Tao-09163

En 9 mois, on aura mangé quelques dizaines de milliers de km en multi-modal… Envie de conserver ces souvenirs-là aussi, de reconnaître aux enfants leur belle endurance et leur accommodement avec les inconforts, pourvu que la route soit belle.

livre d’images #5: des villes en K.

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Kampot est un ancien port, endormie près d’un fleuve indolent. C’est relax et pas stressant pour un sous. On aurait pu y passer quelques jours de plus si n’était l’appel des autres villes.

 

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le Cambodge, à de rares exceptions, est une immense plaine assez aride, parfois courageusement cultivée.

 

Notre promenade dans le sud du Cambodge nous aura fait passer par quatre villes dont le nom commence par K. Ce n’était pas un défi à réaliser mais plutôt le fruit d’un hasard qui au fond ne signifie pas grand chose, sinon qu’il y a beaucoup de villes dont le nom commence par K dans le sud du Cambodge.

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Dès qu’il y a peu de relief, on y trouve des grottes pour jouer aux explorateurs.
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…ou des lacs pour se prendre pour Robinson. Ce lac ci existe grâce à une digue établie sous le régime de Khmers Rouges. On raconte que des ossements remontent parfois à la surface.
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Comme on le voit très bien sur la photo: Kep est essentiellement une station balnéaire. Sinon il y a aussi une ferme aux papillons qui suscite beaucoup d’enthousiasme.
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un petit repos, activité typiquement khmère (voir plus bas)
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et encore des papillons
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la chambre des enfants à Kep
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et celle des parents au même endroit.
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et puis le coucher de soleil sur une île au large pour prouver que Kep, oui oui, est bien une station balnéaire.
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une matinée de bagnole plus tard, nous voilà embarqué en direction de Koh Rong, île à vacanciers backpackers et festifs.
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Sur laquelle des bon gros travaux d’aménagement sont prévus pour tous nous accueillir très bien tôt. Situation transitoire donc.
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situation transitoire toujours. On ne sait pas encore si c’est l’endroit choisi pour la future décharge ou s’il est prévu de passer un coup de balai avant l’arrivée des masses touristiques.
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ce qui ne nous empêche pas d’aussi profiter de la faune et la flore sous-marine. Sauras-tu retrouver les 4 petits forestois qui se cachent dans cette image?
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après le snorkeling, petite partie de pèche pour agrémenter le bbq.
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toujours les mêmes!

 

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bateau de jeune pêcheur qui économise pour passer au modèle supérieure. Pourvu que la pêche soit bonne!
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et encore un petit paysage idyllique juste pour le plaisir des yeux.
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On arrive à Koh Kong, ville presque frontalière avec la Thaïlande, dont les alentours sont classés en réserves naturelles: ici, la mangrove.
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la même mangrove vue d’en haut.
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notre chauffeur de tuktuk du jour…
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…qui nous en a mis plein la vue avec sa moto pétaradante.
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puis un bateau à fond plat pour rejoindre…
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…les chutes sur la rivière Taïtaï. Ici, le plan d’eau au sommet.
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et ici en aval.
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et retour vers Koh Kong.
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la tête et le coeur bien remplis
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pour aller jouer avec la famille américaine rencontrée sur place.
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en plein atelier « Cinnamon Rolls » avec Victoria.
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memory ; même pas besoin de parler la même langue

 

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le langage de l’apple pie and ice cream est lui-aussi universel

 

Chris, Victoria et leur 4 enfants nous auront chaleureusement accueillis à Koh Kong où ils travaillent comme missionnaires pour leur église. C’est une de ces rencontres étonnantes qui donnent de multiples facettes au voyage.

En quittant le Cambodge, il faut quand même signaler qu’à côté des merveilles d’Angkor, il est un autre art où les Khmers excellent : c’est la sieste et son accessoire indispensable, le hamac. Sache qu’au Cambodge, tout élément vertical situé à une distance comprise entre 2m et 5m d’un autre élément fixe est suspectible de servir à accrocher un hamac. On ne déconne pas avec ça. Quelques exemples:

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Where do you come from?

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Après deux postes plein de (bonne) conscience et empreints de la solennité qui sied à des sujets graves, voici, on l’espère un peu de légèreté…

La première question qu’on nous pose quand on n’a rien à nous vendre ( tuk-tuk, guesthouse, babioles souvenirs, noix de coco, complète la liste selon ton imagination) a trait aux enfants. Oh, quatre! Et il sont tous à vous? Et quels âges ont-ils? Et 2 garçons, 2 filles ( ou l’inverse) etc…

Puis vient La grande question universelle: « Where do you come from? » Pas question ici de répondre qu’on vient de sortir du bus ou de la cantine du coin. Notre interlocuteur se fiche également de savoir où nous étions hier ou il y a un mois, et pourtant nous étions dans un endroit formidable il y a un mois. Non, ce qu’il veut c’est connaître notre pays d’origine, notre nationalité, nous ranger sur la carte de ses catégories des pays amis, ennemis ou inconnus, un peu friqués ou immensément riches et partager avec nous sa connaissance du sujet. Toujours le même dans notre cas, puisqu’invariablement, le front haut et la main sur le coeur quand elle ne tient pas un sac ou un guide de voyage, nous répondons: BELGIUM!

Et c’est donc là qu’on se retrouve confronté au petit miroir déformant de la grande marche du monde et qu’on entend comment sont perçus nos 30 528 km2 de fière Belgique.

Soyons modestes: une bonne part n’est pas encore au courant que la Belgique est un pays (pourtant depuis 1830…). Parfois l’évocation de Bruxelles décoince un peu les choses. Sinon, être situé au nord de la France et au sud de la Hollande permet en général à l’interlocuteur de se faire une idée générale.

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Mais soyons chauvins aussi, la Belgique est connue pour ses nombreux talents et spécialités Les premiers étants avant touts ses footballeurs: Eden Hazard, Marouane Fellaini, Thibaut Courtois ( dans l’ordre) qui jouent dans des clubs fort suivis ont beaucoup de fans. L’équipe nationale a aussi son petit succès mais c’est moins net.

Viennent ensuite les spécialités gastronomiques: le chocolat, la bière, les gaufres. On a essayé de plaider aussi la cause du fromage de Herve mais notre campagne de mobilisation n’a pas reçu le soutien attendu.ob_ad95c0a8e9dab406642df60c26e50c7c_biere-008

La famille royale a été évoquée quelques fois, plus dans des pays qui sont eux aussi des royaumes ou l’ont été récemment: Thaïlande, Cambodge ou Népal.

De manière plus pointue, on a aussi eu quelques belles discussions sur nos records politiques: 510 jours sans gouvernements, 7 parlements et tout le bataclan institutionnel qui nous caractérise. Mais il faut bien avouer que c’était là plus avec d’autres européens rencontrés sur la route et qui connaissaient déjà un peu le pays et qui par ailleurs ne s’intéressent pas au foot.

Pas de grosses surprises au rayon monuments et sites avec en tête l’Atomium et Bruges. Et une citation pour le tapis de fleurs de la Grand Place de Bxl. Mais rien pour le Pont des trous…

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avec, pour un fois, que des photos piquées sur internet. Les ayants droits peuvent se manifester par mail. On ira boire un verre.

Phnom Penh

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Après une étape à Kompong Cham et sa campagne découverte en scooter, on a repris la route vers Phnom Penh, une grande ville sous un nuage de poussière chaude où se côtoient tous les contraires… Ca construit des tours futuristes à côté de bidonvilles, des artères démesurées pour essaims frénétiques de deux roues souvent surchargés… On y trouve sans peine notre petite place de touriste dans des quartiers aux boutiques pour hipster en chasse d’artisanat fair trade.

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Et oui on est au Cambodge, un des premiers pays dans la confection textiles pas folichonne… Un salaire de misère, une vie spécialisée dans l’assemblage d’un jeans 12 à 14h par jour dans le bruit, la moiteur et la lumière tombante tout le jour… C’est le sort des femmes surtout qui ont la charge de leur famille au village. Les mobilisations de ces dernières années, heureusement un peu relayées, ont abouti à une augmentation du salaire minimum mais surtout à un rejet de responsabilité entre les patrons de ces usines et les marques (H&M en tête) … les Cambodgiens les plus pauvres sont déjà largement poussés à l’émigration (Thaïlande pour les filles, Emirats pour les gars sur des chantiers douteux) et aux spirales de l’exploitation. On nous explique ici qu’il ne faudrait pas non plus boycotter le Made in Cambodia sous peine de soumettre plus d’hommes et de femmes au déracinement.  Well well, on n’a pas fini de se tortiller l’élastique de la conscience!
Et là, je vous remonte le moral en vous parlant de notre visite au mémorial du sanglant régime des Khmers Rouges.SS21-08758

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On a donc visité Tuong Sleng, une école en plein centre ville convertie en centre de détention et d’interrogatoire meurtrier entre 1975-79, c’est pas si loin. Et le lendemain, Choeung Ek, ou Killing Fields, à l’écart, un des plus gros des quelques 300 champs d’exécution et charnier. Gloups! On a un peu hésité à traîner les guêtres des gamins dans ces endroits témoins des sommets de la barbarie humaine. D’avantage encore au terme du grand voyage, on se rangera derrière les convaincus qu’il n’y a pas d’âge pour questionner les hommes et le monde. Les visages de ces  gens fauchés par l’arbitraire, les témoignages de  survivants,  prisonniers et gardiens, l’émotion dans le paisible jardin qu’est devenu  le charnier… J’ai envie de poser des questions à tous les anciens qu’on croise depuis, mais je sais que ça reste un tabou à respecter.

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Et vu son passé sanglant, les mines qui parsèment encore les campagnes et sa pauvreté profonde, le Cambodge est porté par les coopérations au développement et autres investissements étrangers, souvent chinois. Beaucoup de friendship roads, de chantiers hydroélectriques, d’hôpitaux ou d’orphelinats estampillés de drapeaux enlacés.
Toujours à Phnom Penh, lorsqu’on décide d’aller visiter le musée national, la guichetière  nous reclame 5$ par enfant… On rit -on sait qu’au Cambodge et au Laos, c’est gratuit partout pour les moins de 12 ans- bientôt avec elle, ok, seuls les adultes payent mais si elle avait pu se mettre un petit billet de 20$ de côté, ça valait le coup d’essayer… on rit, un peu décontenancés, ce n’est pourtant pas la première fois, et pas la dernière qu’un Cambodgien nous crée des tarifs « arrondis ».

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Mekong Plus

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Il y a le Cambodge somptueux d’Angkor et le Cambodge terrifiant des Khmers Rouges. Il y a le Cambodge  sauvage de la jungle et le Cambodge un peu bling bling des classes aisées de Phnom Penh. Mais ce ne sont là que des exceptions. Une énorme partie de la population vit dans les campagnes de l’immense plaine du pays et se bat tous les jours pour assurer sa vie quotidienne.

Le pays est un des plus pauvres du monde. Heureusement un grand nombres d’ONG travaillent à longueur d’année pour, petit à petit, essayer de faire bouger les choses et aider chacun à accéder à de meilleures conditions de vie.

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Parmi celles-ci, il y a Mékong Plus. On nous en avait parlé en Belgique avant notre départ. Elle a été fondée au Vietnam par un Belge (qui s’appelle Kervyn en plus!) et s’est maintenant développée aussi au Cambodge, près de la frontière vietnamienne, dans une des régions les plus reculées et pauvres du pays. On a décidé d’aller jusque-là.

Ce n’est pas tous les jours que des « westerns » prennent des tickets de bus pour Svay Rieng. La ville est située sur la ligne de bus qui relie Phnom Penh à  Ho Chi Min et le chauffeur avait l’air de se demander ce que nous pourrions bien faire là en nous débarquant à une station service à l’entrée de cette ville qui est tout à fait en dehors des circuits touristiques.

Mais rapidement, nous avons été retrouvés par les motos envoyées par Kosal, la responsable des projets de proximité Mékong plus au Cambodge. Nous voilà donc embarqués avec sacs et enfants sur 4 scooters en direction du bureau situé à une dizaine de km de piste de là.

Nous sommes merveilleusement accueillis, il y a une chambre à demeure pour les visiteurs et la soirée se passe à faire connaissance avec les quelques membres de l’équipe qui vivent là la semaine – car elle habitent trop loin  – et avec le projet en lui-même. Nous avions demandé d’être plus introduits aux projets d’agriculture et de micro-crédit mais Mékong plus a aussi un vaste versant d’artisanat et d’éducation à la santé.

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C’est toujours en scooters que nous partons le lendemain pour aller à la rencontre de différents projets.

Le 2 roues est vraiment LE moyen de transport. Les voitures sont rares. Un scooter est souvent l’unique véhicule familial et cela n’étonne personne de croiser une famille complète de 4 ou 5 personnes avec bagages sur les routes. Nous aurons été fort raisonnables puisque nous n’aurons jamais dépassé le chiffre 3. Cela dit, c’est le moyen de transport idéal pour la campagne. On passe sur les chemins trop étroits ou défoncés pour des voitures ou bus, on reste à une vitesse raisonnable et en contact direct avec les personnes et lieux qu’on croise.

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De « pig-bank » en micro-distillerie et de filets de protection à la production de gaz naturel (à partir de fumier animal et humain, si si !), ce que nous aurons retenu de cette journée de rencontre c’est à quel point l’équipe de Mékong plus travaille dans les détails. Des détails qui peuvent nous paraître anecdotiques mais qui font toute la différence pour les personnes qui en bénéficient. La structure de micro-crédit prête parois des sommes de 25$ qui seront remboursées en plusieurs mois par les bénéficiaires. Car avec 25$, une femme seule a par exemple pu s’équiper de matériel pour faire des crêpes à revendre dans le voisinage et ainsi se réinsérer dans l’économie locale. La somme est petite à notre échelle mais change vraiment le quotidien de ceux qui en bénéficient.

On aura aussi constaté que les familles bénéficiaires sont particulièrement bien suivies par Mékong plus. On discute de la scolarité des enfants, du rendement des champs, de la santé de tous… On se trouve vraiment dans une logique de développement détachée de l’urgence. Plus dans le structurel que le conjoncturel.

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Au rayon des anecdotes, on aura appris que les cartes d’identité sont familiales au Cambodge. Et que chaque famille se voit classée dans une catégorie en fonction des ses revenus estimés. La catégorie 1 (les plus pauvres) regroupe les familles vivant avec moins de 4$/personne/mois. Cette carte leur ouvre en principe l’accès aux soins de santé gratuits et à d’autres avantages quand la corruption n’est pas trop développée. C’est à eux que s’adresse en priorité Mékong plus.

Faut-il en écrire plus pour dire qu’on a été impressionné tant par le dénuement de la vie dans ces campagnes que par le travail fourni par Kosal et tous ceux qui travaillent avec elle. On a perçu chez eux un enthousiasme et une détermination qui forcent le respect.

Pour plus d’infos et de détails sur Mékong plus, voici leur site.

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