Or donc, Dipendra, le fermier qui nous accueille pour travailler dans sa ferme, a estimé avec raison qu’on serait mieux logé dans le monastère voisin que dans les locaux de l’exploitation agricole qui se résument à la chèvrerie et 2 pièces qui sont brutes de décoffrage au sens littéral du terme.

Cela ne faisait pas forcément partie de nos projets d’aller passer du temps dans un monastère bouddhiste mais nous avons saisi cette opportunité. La curiosité est un vilain défaut, on sait. On assumera.

le toit du temple avec le Machhapuchhre  (6993m) à l'arrière plan.
le toit du temple avec le Machhapuchhre (6993m) à l’arrière plan.

Le monastère est extérieurement semblable à ceux qu’on a déjà croisés : un grand portail doré, du jaune pâle et du bordeaux partout. A l’intérieur, plein de moines, tous bordeaux (orange et jaune tolérés) et les cheveux très courts. Et de tous âges. On se rend vite compte que le monastère correspond plus à ce qu’on appelle nous un internat.

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Le foot en tongues sur terrain en caillasse soulève une grande question: Mais comment font-ils pour savoir qui est dans quelle équipe?

Une centaine d’élèves de 5 à 18 ans y vivent et y suivent des cours: Népalais, Tibétain, Anglais, Sciences, Education Physique. Ils vivent aussi la vie de moines avec tous les rituels de cette branche du Bouddhisme tibétain. La plupart viennent des campagnes reculées du Népal et de la frontière tibétaine. Le genre d’endroit où même les treks d’Occidentaux se font rares. Ils reçoivent ici une éducation gratuite. Quelques uns resteront moines et les autres retourneront vers une vie “laïque” quand ils en auront marre ou qu’ils seront arrivés au bout de leurs études.

Chercher Charlie (niveau débutant) !

On a repéré trois sortes de profs: des moines (anciens élèves), des Népalais laïcs et des volontaires. Ces derniers, majoritairement occidentaux, sont là pour quelques semaines ou quelques mois. C’est avec eux que nous prenons nos repas. Et là aussi on déchiffre différents types de personnalités.

Il y a les volontaires purs et durs, venus donner leur temps et leur savoirs. Il y a ceux qui espéraient enseigner l’Anglais et se retrouvent à faire du jardinage dans les parterres de fleurs du monastère. Ceux qui s’en iront au bout de 3 jours parce que bon. Ceux qui au contraire s’incrusteront, séduits par le côté bien cadré de l’institution. Et puis les voyageurs comme nous: en pause entre deux treks, ou en demi retraite de méditation.

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Une cour d’école reste une cour d’école. Sous l’uniforme, les différences sociales des étudiants ressortent toujours: qui porte des Nike fluo à la place des sempiternelles sandales en plastique, qui est bien emmitouflé dans une grosse doudoune, bordeaux, alors que le voisin court en t-shirt, bordeaux, qui s’achète un soda à la place du thé au lait à chaque récré. Il y a comme partout des grands qui molestent des petits, des petits qui chipent des pommes, et des moyens qui essayent de jouer aux billes. Seul truc un peu différent, il y a des singes qui passent au milieu de tout cela.

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Qui photographie qui? Et pourquoi?

La vie monacale, elle, est plutôt joyeuse. Enfance oblige, on est évidemment loin du cloître silencieux des monastères de chez nous. Il y a beaucoup de rires et de chants, mais aussi une discipline qu’on devine de fer. Le son des cloches rythme le moindre moment et tout le monde y répond en courant. J’ai eu la confirmation que les méthodes pédagogiques peuvent vraiment différer des nôtres le jour où un prof de danse a frappé à coups de tongues un jeune moine qui avait du mal à intégrer les pas requis pour la cérémonie à venir.

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Car nous aurons eu la chance de résider lors d’un des temps forts de la vie du monastère. Un festival d’une dizaine de jours où la vie spirituelle est très intense. On remarque que d’abord les grands, puis les petits ont tous eu droit à la coupe boule à zéro. On assiste à des essayages de chapeaux et à des montages de tentes. Les instruments sont sortis du temple et les escaliers sont balayés trois fois. Le sens exact nous échappera mais on se dit que pour commencer les “puja” (incantations dans le temple) à 4h30 du matin ou passer 3h à danser en rond en grands costumes dans la cour, cela devait être du sérieux. Et une fois passée la surprise de s’être fait réveiller aussi tôt par les trompes, on finit même par ressentir un petit manque quant tout est trop calme.

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Il y a ceux qui dansent avec conviction, investis par leur mission, connaissant tous les pas par coeur. Ceux qui suivent tant bien que mal, avec un grand sourire aux lèvres. Parce que quand même, c’est plutôt rigolo ces costumes. Ceux qui s’acquittent de leur tâche en attendant patiemment que le temps passe. On a vu un moine qui avait planqué sa montre dans les plis de son costume. Et puis comme partout, il y a un ou deux vilains petits canards qui ne comprennent rien à rien, sont toujours en retard d’un pas et essayent de se faire le plus petit possible.

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On ne saura pas si le petit moine de droite doit sa position au fait qu’il tape bien dans les cymbales ou si il est la réincarnation d’un lama. (On vient de regarder “Little Buddha” avec les enfants).

On a aussi plusieurs fois entendu parler de mandalas de sable qui devaient se réaliser avant d’être dispersés dans la rivière toute proche mais nous n’aurons pas réussi à les localiser. Sans doute étaient-ils trop bien cachés pour les touristes que nous sommes. L’essentiel est invisible pour les yeux comme disait l’autre.

 

 

Pema Ts’al Sakya Monastic Institute

6 réflexions au sujet de « Pema Ts’al Sakya Monastic Institute »

  • Quel dépaysement total! Merci pour votre reportage… On finit par se dire que ça mériterait même publication… Des tout gros bisous à vous six!

  • Namasté à toute la famille
    Moi, je vous dis que c’est trop chouette de vous lire, entre le bain des enfants, la vaisselle et les cartables du lendemain, la nuit qui sera trop courte ou la journée qui a été trop longue …
    Bises chaleureuses de ma part à tous les 6 !
    Virgi

  • le bonheur de vous lire.. de vous reconnaitre, fidèles à vous mêmes, dans ces récits…
    il y a deux jours, j’ai eu le bonheur de trouver une magnifique enveloppe, admirée par tous, dans ma boite aux lettres.. avec des petits mots doux pour chacun.. surprise totale! je n’avais pas imaginer vous recevoir aussi sur papier..
    on vous répond en famille, dans les prochains jours!
    plein de bisous à tout le monde et en particulier à Zephyr!

  • Quel souffle dans ce reportage! J’aime les images et le texte . Bravo à Raphaël et Suzon de se fondre au milieu des moines. Merci à Gaëtane pour son mail enthousiaste. Bon vent en Inde, le tout autre, selon Opa.

  • Pour toute la famille de la part d’Alix, j’ai été contente de voir toutes les photos chez Mamy et j’espère pouvoir bientôt vous dire bonjour par shype. Plein de gros bisous d’Alix,de Mahaut et de Tanguy.
    Je vous souhaite aussi un excellent voyage plein d’émerveillement et de bonheur!!! Gros bisous à toute la famille. Marie 😉
    Très intéressant le dernier reportages et des vues toujours aussi splendides et gros bisous à tous.
    Mamy.

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