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Après avoir un peu gambergé devant des billets d’avions et quelques pages sur le passage de frontière par la route, c’est cette option qui a été retenue. Ayant vécu les envolées aéroportuaires sous air-co sécurisé, à nous la moiteur des postes frontières improbables et des fluxs migratoires spontanés et/ou clandestins. La Birmanie est devenue le Myanmar et le pays s’est bien ouvert aux invasions touristiques. Même si c’est sans doute plus par opportunisme économique que pour faire plaisir aux gentils activistes de chez nous. Quoi qu’il en soit, on ressent tout de même un petit frisson au moment de quitter la Thailande pour le pays des généraux et d’Aung San Suu Kyi. Pourtant ce dernier a un régime bien plus stable (quoi de mieux qu’une dictature militaire) que son voisin qui hésite entre royauté, démocratie et quelques manifestations d’opposants pas tendres.

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tuk-tuk partagé en direction de la frontière
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à gauche la Thaïlande, à droite le Myanmar.
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personne pour vérifier les papiers du véhicule

Le passage de la frontière se passe en trois étapes. D’abord quitter officiellement la Thaïlande en se frayant un chemin jusqu’au guichet qui ornera nos passeports d’un joli cachet. Ensuite, il faut traverser le « Friendship Bridge » pour arriver de l’autre côté de la rivière. Grand moment existentiel puisque nous ne sommes administrativement dans aucun pays mais qu’on est bien quelque part. Sous nos pieds, des barques transbahutent sans se poser des questions – elles- des migrants d’un jour ou d’une vie qui ont l’humilité de ne pas encombrer les guichets des douaniers. Ces derniers leur expriment visiblement toute leur reconnaissance en leur foutant une paix royale, ou militaire selon le côté du pont d’où on observe les choses. Quatre cents mètres de marche sous le cagnard suffisent pour qu’arrive enfin le moment tant attendu du poste frontière birman*.

Pas de déception, la moiteur est bien là. On se fait remettre des jolis formulaires qu’on complète la main sur le coeur. Ils sont ensuite corrigés par un fonctionnaire supérieur qui vérifie, nos passeports à la main, que les données sont bien exactes -bien sûr puisqu’on l’a fait la main sur le coeur- et nous envoie au guichet suivant pour la petite photo de bienvenue. Le tout sous le discours juste saoûlant comme il faut d’un brave bonhomme un peu trop heureux à l’idée de nous transporter vers nos nouvelles aventures dans son rutilant minibus. Deux cachets plus tard – générosité- nous sommes dehors et on se décolle avec peine de quelques marchands de transports copains du premier pour retomber dans les griffes du moins cher de la bande, mais peut-être aussi le plus véreux.

C’est donc sur 3 places et demi, payées 6, qu’on aura fait les 7 heures de minibus jusqu’à Hpa An. Le tronçon montagneux de la route est ouvert les jours pairs dans un sens et les jours impairs dans l’autre. Nous avions bien évidemment tenu compte de cette donnée capitale dans nos préparatifs, c’est le bon jour. C’est aussi le bon jour pour les travaux sur cette même partie montagneuse: embouteillage assuré. On cuit gentiment dans notre cocotte-minute à roulettes. Les enfants se font nourrir de soda et chips par nos compagnons de route quand ces derniers ne sont pas malades. Un ado chaperonné de ses parents finit par hériter du sobriquet de vomito-boy.

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formation karstique: le petit nom des rochers qui émaillent la plaine

L’hôtel et son air-co nous semble un palace quand on y arrive, il n’y avait plus de place à la guesthouse-backpakistan locale.

La ville de Hpa An ne présente que très peu d’intérêt, si on y est c’est pour la région alentours: grottes, pitons rocheux qui émergent de la plaine et stupas partout. C’est aussi une région à l’écart des circuits touristiques: des champs, des fermes, quelques pêcheurs. On côtoie un mode de vie qui n’est pas encore confronté au tourisme à grande échelle et on adore ça. L’excursion se passe en tuktuk, mal aux fesses sur les pistes, et relie des points reculés, jusqu’aux grottes de Saddar. Lieu de pèlerinage pour des familles, lieu de détente pour des bandes de jeunes: chacun y trouve son compte. La traversée des grottes nous dévoile des statues, des chauves-souris et nous amène sur un lac caché. Petite buvette quand même, autant pour les visiteurs que les pêcheurs qui se proposent de nous ramener en barque vers notre point de départ en échange d’un petit billet. Ce business-là leur rapporte-t-il déjà plus que la pêche?

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Encore un détour par un monastère et son jardin aux 1100 Buddhas. Site magnifique au pied d’un mont et deux sonos en concurrence. Impossible de déterminer si c’est le prêche ou le chant qui l’emporte. Pourtant, comme à tant d’autres endroits, personne n’a été avare de moyens. Les baffles s’empilent généreusement au pied d’amplis surpuissants. On croisera aussi des versions mobiles, pas moins tonitruantes en déclinaisons karaoké, publicitaires ou les deux à la fois.

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Entoure en rouge les Buddha sur la photo. Combien en vois-tu?

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Après avoir attendu le bateau « Yes, one pm! » jusqu’à 1h45 « Oh, no boat today! », on avale notre frustration en guise de dîner et on prend finalement le bus pour Mawlamyine aussi connue sous le nom de Moulmein. Trajet sans encombre, vomito-boy est dans un autre bus, à travers cette campagne qui nous donne des envies de wwoofing complètement irréalistes vu nos visas de 28 jours et les règles qui régissent l’hébergement des foreigners dans le pays.

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Les ors des pagodes brillent sous le soleil couchant, le fleuve s’endort à nos pieds. Nous passons trois jours ici. Comme ailleurs, on est impressionné par l’accueil et la gentillesse des gens. C’est plus une curiosité réciproque que le monétaire qui domine dans les interactions. Nos flâneries nous mènent du marché et ses étals à des quartiers hors des cartes où on se sent en prise avec le pays tel qu’il est, sans fard. Le temps s’écoule gentiment entre les visites, les gargotes de rues et les moments de jeux ou d’école.

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le plus grand Buddha couché « in the world »: 200m. Un encore plus grand est en construction juste en face.
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un des 5 étages à l’intérieur du Buddha.

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Réserver les logements et les bus à l’avance devient une nécessité. Les fêtes du nouvel an approchent à grand pas. Les écoles sont déjà en congé et tout le pays a la bougeotte. Le trajet vers Yangon, ancienne capitale mais toujours le coeur du pays, se fait dans un bus tout confort: air-co, distribution de bouteilles d’eau et de sac à vomi (bien nécessaire, Vomito-boy a des émules) et diffusion de films locaux totalement ineptes. On est bien loin du faste des superproductions bollywoodiennes. Seul un goût commun pour le volume sur 11 les rapproche. On découvre donc les tronches des vedettes en riant à contre-temps et en reconstruisant notre propre version du récit- mais si! elle s’appelle Daisy!

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visage déformé par la superposition de feuilles d’or offertes.

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C’est surtout la pagode Schwedagon qui nous attire à Yangon. On y passera la matinée, on y reviendra en fin d’après-midi pour le coucher du soleil. Site majeur du pays, c’est un lieu multiple. Des dizaines de temples et pagodes s’organisent autour du stupa central. La magie des lieux est saisissante. Elle nous pénètre par les yeux comme par les pieds, nus sur le carrelage brûlant. On dit que l’âme du pays y palpite. Entre offrandes, pique-niques avec ou sans moines et séance de photos, toute une vie se déploie dans les allées, esplanades et lieux de culte. En plus, c’est jour de communion.

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le drapeau national en guise de coiffure! de l’autre côté, le drapeau US. La fête quoi!

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OK, le rite n’a rien à voir. On célèbre l’entrée des enfants au monastère, le plus souvent pour une courte période: une ou deux semaines. Mais le protocole est le même, les enfants marchent en procession, dans le costume de circonstance. Les parents et la famille suivent, eux aussi sur leur 31 et les bras chargés de cadeaux ou de petites soeurs. Tout le monde fait des photos et il y a même un officiant et un caméraman. Ce seront des centaines d’enfants de tous âges qu’on verra ainsi défiler, allant d’une stupa à une statue avant de se diriger vers leur monastère où ils seront tondus et prendront leur vêtement monastique (bordeaux pour les garçons, rose pour les filles). On en retrouvera certains de retour à la pagode au coucher du soleil, un peu étonnés d’être maintenant du côté des moines ou se plaignant d’avoir froid sans leur cheveux, il ne fait tout de même que 31° en fin de journée.

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Au moment de quitter la Pagode on se fait aborder par un couple et leur ado: Vomito-boy et ses parents, tout contents de nous montrer les photos des enfants qu’ils ont prises lors de notre trajet commun. Allez, la troisième fois on s’en boit un!

*même inexact,  birman est décidément plus facile et joli que myanmaresque ou myanmarien. Quant à myanmarrant, je le caserai dans un autre article.

le Myanmar, mon général? en Birmanie mon colonel!

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