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Dans notre cas, aller au Cambodge, c’est d’abord sortir du Laos. Cela fait donc deux frontières et deux belles escouades de douaniers en quête de reconnaissance pécuniaire à rencontrer.

Car comme il est de bon ton de le proclamer pour qui veut passer du stade de bête touriste à celui de voyageur, l’âme d’un voyage c’est bien sûr et avant tout les rencontres avec l’Autre (majuscule de rigueur), douanier ou pas.

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six formulaires pour ne rien déclarer

Le bus se vide donc de ses passagers devant le poste du côté lao et se promet de les récupérer du côté cambodgien. Le choix est assez simple:  l’option pragmatique (anglo-sax/germaine) jouer le jeu de la corruption et payer sans sourciller (ou alors mollement) les 20000 kips ou 2 $/passeport réclamés pour avoir le tampon de sortie rapidement ou  l’option principielle (franco-française) faire blocage et commencer une petite guerre d’usure parce que, décidément non, la corruption c’est mal. Le risque étant alors de faire chier les douaniers (z’avaient qu’a pas commencer) et la file qui attend de moins en moins sagement derrière soi. On vous laisse deviner quelle a été notre attitude avec une petite troupe de Français, attitude bien évidemment aussi constructive qu’éducative.

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récits de voyages à travers les passeports avec Louise et Jeanne, tourdumondistes blondinettes, super-copines pour quelques jours au moins.

Rebelote à l’entrée du Cambodge où nous avons pu passer directement au stade 2 (le tampon) sans passer par la case visa puisqu’on les avait faits à l’ambassade à Vientiane. Là aussi, petit jeu autour du fait de s’acquitter d’un droit de tampon “in” ou non. On s’en sortira en notant ostensiblement le nom et matricule du bonhomme en service. Cela lui a apparement rappelé l’honneur qu’il avait à servir son pays le temps de nous remettre nos passeports. On y aura même pas laissé le dollar dû à la visite médicale où un dévoué infirmier (sont-ils surnuméraires dans cette campagne) se propose de vérifier notre température! C’est un sketch!

Blague à part, les fonctionnaires sont tellement mal payés qu’il se coincent dans des situations où la corruption est “la seule issue”. Leur fonction est une place enviable où il et facile de rançonner le touriste. Tout le monde le sait et ils ont donc des obligation$ sociale$ plus élevée$ que les autres, sans parler de l’accès à la profession et de l’achat de l’uniforme (+/- 3000$ au Laos!) qu’ils doivent bien amortir d’une manière ou l’autre. La corruption nous offusque parce qu’on vient d’Etats où elle est contraire aux principes et punie. Mais il a des régions où elle est une part essentielle du système de gouvernance et vouloir y échapper, c’est refuser de s’intégrer.

 

saut lac 2-08272Donc, nous voilà au Cambodge. Première destination: Ban Lung, au Nord-Est, petite ville de province dans son jus qui vaut surtout pour ses chutes d’eau et son lac volcanique où on aura fait de belles ballades et une mémorable baignade dans des eaux aussi claires que chaudes. Quel pied. On y passe trois nuits dans une cabane en bois avant une journée de bus en direction de Siem Reap.

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les nouvelles du pays

 

Siem Reap est une ville champignon, tout est y centré sur le tourisme. Les hôtels de luxe côtoient les salons de massage et des restos copies conformes de ceux qu’on pourrait trouver dans une station balnéaire branchée en Europe. Et pourtant on s’y précipite le coeur léger comme des dizaines de milliers d’autres chaque année. Parce que Siem Reap, c’est la ville d’où on a accès à Angkor, et cela efface tout le reste.

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On a la chance d’arriver à la fin de la saison. Il paraît qu’on aurait été cinq fois plus nombreux sur les sites en janvier. Et la magie s’enclenche.

Les vieilles pierres nous transportent au XIXème avec les archéologues qui ont révélé les sites à la vieille Europe, ou avant encore, dans les querelles de successions au sein de l’empire khmer qui jouait l’alternance du Bouddhisme et de l’Hindouisme toutes les deux générations. Les capitales valsaient, les temples-états passaient de la gloire à l’abandon avant de renaître sous de nouvelles couleurs pour construire pierre à pierre cette cité d’Angkor qui nous émerveille encore aujourd’hui.

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Les architectures sont simples: des carrés, des rectangles, des croix, des enfilades. Des bâtiments construits le long d’un axe qui mène à un sanctuaire. C’est entre entre la simplicité des lignes et le foisonnement de l’ornementation que jaillit l’étincelle. Car à Angkor, la statuaire et le bas-relief ont atteint des sommets. Les mythes de l’Hindouisme et du Bouddhisme se croisent et se répondent, finissent par se mélanger, couvrant chaque mur de sagas et d’épopées. Les vies des rois et des puissants s’y mêlent, laissant dans la pierre la trace de leur grandeur et les croyances qui ont fondé le grand empire khmer du XIIème.

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Difficile de trouver un mètre carré qui n’arrête pas le regard. Les Apsaras (danseuses célestes) sont partout, insufflant une sensualité qu’on ne soupçonnait pas à des blocs de grès de plusieurs tonnes taillés il y a plus de mille ans pour certains. Petit à petit, on apprend à distinguer les grandes époques des six siècles de gloire du site; avant son passage à une architecture de bois dont il ne reste rien aujourd’hui.

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En quelques siècles d’abandon, la jungle s’est réappropriée l’espace. Des fromagers majestueux (l’arbre pas le marchand de lait fermenté) s’élancent des ruines vers le ciel, leurs racines disloquant la pierre et improvisant avec les bas-reliefs des chorégraphies aussi impressionnantes que destructrices. Des mousses offrent au grès des airs de jade et d’émeraude et les lianes lézardent parmi les gopurams, se mêlant aux serpents de pierre, le fameux najas.

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Certains temples sont préservés dans cet état, entre nature et culture, se révélant comme si nous les découvrions nous-mêmes.  La plupart sont maintenant à l’abri des assauts végétaux.

Shiva et Vishnu, Bouddha sont ici les maîtres. Certains temples sont encore honorés dans ce mélange de piété et de mercantilisme qu’on aura retrouvé dans chacune de nos étapes en Asie. Car des sous, il en faut pour préserver Angkor.

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Et heureusement, les capitaux affluent sur la vieille ville. Chaque matin la billetterie fait le plein (on paye en US$) mais surtout, on remarque que chaque site affiche fièrement les généreux donateurs qui contribuent à sa conservation/restauration. Des universités, des ministères, des fonds privés, des sociétés commerciales ou même des centres de recherches archéologiques, tous étrangers, participent et financent Angkor. L’appellation de patrimoine mondial de l’humanité aura rarement mieux porté son nom.

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L’UNESCO veille, tant mieux! Angkor a de tout temps été pillée. Pour détruire les anciennes divinités au gré des changements religieux, pour récupérer les matériaux de construction ou depuis 150 ans pour alimenter les réseaux internationaux d’antiquaires. Ce qui reste doit être préservé pour que toi aussi tu puisses un jour admirer la lumière du jour naissant souligner la finesse des visages du Bayon et contempler le soleil se lever sur Angkor Wat.gaia buddha-08447

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de la frontière Lao à Angkor

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