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Le grand voyage, ç´aura aussi été des trajets, déplacements, exercices de mobilité, expérimentation de moyens de transports en tout genre… La route. Ses impondérables. Ses lenteurs. Ses rencontres.

A chaque fois, on bosse un peu le dossier avant; vigilance sur les offres affichées en rue et marchandage sur la longueur (posture C.37, je ne suis pas pressé), lecture d’un guide, de récits sur des blogs de voyageurs généreux, des contacts avec des locaux. [Parce que dans beaucoup de pays, les touristes ont du mal à prendre les mêmes bus et à obtenir les mêmes tarifs que les vrais gens… Parce que c’est une trop belle opportunité pour une floppée de petites ou grandes sociétés et que l’info est difficile à catcher. C’est vrai que les conditions de voyages ne sont pas les mêmes; bus direct AC versus camionnette bondée, siège de jardin dans l’allée sur un sac de riz, arrêts multiples parce qu’on dépose les gens devant chez eux et ambiance vomito, pourtant on a aimé ça aussi. parfois.]

Ce jour-là, on quitte Koh Kong, ville frontalière du Cambodge, destination; Koh Tao, une île où se poser, écrire des posts, en Thaïlande.

On part donc vers 9h30, petit déj et  bouclages de sacs; check.

Un tuk tuk nous attend (c’est tous les jours le cas devant les GH, un tuk tuk attend son heure pour offrir ses services quand ils ne sont pas trois ou quatre et te font mil propositions d’excursion, alors que tu vas juste au marché, ‘maybe tomorrow´).

Avec tous nos sacs, on est un peu à l’étroit mais après un bon quart d’heure, on arrive au poste frontière. Je suis toujours un peu ‘chose’ au moment de quitter un pays. Le syndrome des pages qui se tournent, celles d’un passeport, un passage de port.

On a aimé éprouver les frontières, quitter un pays (la petite photo, la capture des empreintes digitales, remplir -six fois- une déclaration pour dire qu’on n’a rien à déclarer,…), parcourir à pied le no mans land, ne pas savoir répondre aux questions des enfants (Et ça s’peut quelqu’un qui meurt entre les deux pays? Il est mort où?) et repasser le check in on arrival, même cérémonie pas bien loin, des mitrailleuses veillent. Celle-ci se fera sans “pas de deux pour un backchich”. Du coup on garde nos accus full pour les 24h à venir.

On redécouvre la Thaïlande et son organisation hors paire pour ce qu’on connaît de l’Asie du Sud Est. Et hop dans un minibus feutré où notre famille fait l’appoint, rempli le van il est, on part pour une bonne heure vers le hub régional, Trat, (intérêt nul). Gare routière, guichet avec un gentil traducteur qui vient me prêter main forte par plaisir, en poche 6 billets pour Bangkok. Au royaume de Siam, y a même un tarif réduit pour les enfants, partout ailleurs, un siège est un siège, quitte à s’y mettre à trois. On embarque à 11h30, sans rien avaler pour cinq heures annoncées, six dans la vraie vie, de bus à l’airco si poussé qu’on sort les pulls, tapis dans l’ombre de nos sacs depuis des mois. Heureusement, on fait une pose vers 14h dans une station service où une supérette nous régale de ses barquettes en plastoc réchauffées au micro ondes, bisphénols absorbés, dieux de la détox, priez pour nous.

On arrive à Moh Chit, gare routière Nord de la tentaculaire Bangkok. Les embouteillages nous  permettent de détailler les innombrables gratte ciels et autres prouesses architecturales de cette mégapole frétillante. La gare de bus elle aussi est tentaculaire. On cherche en vain le bus 158 ou le bus 49 qui nous relieraient à la gare ferroviaire. Errance, toujours chargés, à travers les allées envahies d’échoppes de faux Iphone, de Ray Bann et autre rolex, histoire de réussir sa vie à moindre coût. L’équipe a chaud, les infos contradictoires, c’est l’heure du crépuscule, on renonce finalement au bus introuvable et on s’engouffre dans un taxi, ici ils sont roses fuschia, moi j’aime bien.

Autoroute urbaine, téléportation à la gare toute fourmillante.lost in translation2-09127

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Et là on tombe sur Laurent, Armelle et leurs trois filles, rencontrés au Laos. C’est assez fou, on s’embrasse, on s’en remet, s’échange les derniers bons plans et on s’arrache “à la prochaine en Europe!” en courant pour grimper dans le train de nuit vers le Sud. 19h34, le train s’ébranle. On fait la connaissance de nos voisins immédiats et on s’installe pour un deuxième repas n’importe quoi dans la journée. Un “accompagnateur de train” vient ensuite déployer les couchettes et faire les lits, tout juste si il ne nous borde pas et ne nous chante pas une berceuse. Le wagon s’endort d’un seul homme.

Et à 4h 07, le gentil commis vient nous réveiller, dans 5 minutes on entre en gare… hagards, surpris encore que dehors il fasse bien plus chaud que dedans, on est sur le quai, avec tous nos paquets et des dizaines d’autres aventuriers du rail, euh surtout des oiseaux des îles, genre étudiants en fin d’examen dont les parents financent une quinzaine de détente. lost in translation4-09131

Je sors la cartouche petit déj’, injure à tout équilibre alimentaire; boites de chocopops. Et les deux heures qui nous séparent de l’aube et du bus s’écoulent à coup de jeux de cartes. On adore jouer à bataille avec ses enfants, dont les mauvais perdants bagarreurs et les gagnants arrogants sur un quai de gare, à 5h03. Voyager avec sa famille, un rêve de bout en bout!

Le bus est un cageot à touristes et sacs à dos volumineux, le jour en profite pour se lever et nous voilà à l’embarcadère de Chumphon. Bateau expresseke, trois heures de cahutage entre des voyageurs vaseux, houle et ciel bouché, l’estomac chavire un peu de ses émotions industrielles en milieux agités.

Il est 10h bien tapé, enfin la terre ferme, les sacs sur le dos, direction la plage sud de l’île et une bonne adresse donnant sur la mer. On s’y pose, sur la plage et dans l’eau avant un vrai repas.Koh Tao-09163

En 9 mois, on aura mangé quelques dizaines de milliers de km en multi-modal… Envie de conserver ces souvenirs-là aussi, de reconnaître aux enfants leur belle endurance et leur accommodement avec les inconforts, pourvu que la route soit belle.

Lost in translation

2 réflexions au sujet de « Lost in translation »

  • ah le grouillement des gares, les “lunchs” improbables, les odeurs de gasoil, les marchands de toutes sortes, les “chips” d’algue nori,…. merci pour ces belles ambiances, on s’y croirait…!

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