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Ceci n’est pas un bilan

A l’heure de préparer le retour, on tente un regard rétrospectif sur l’aventure du grand voyage, ses certitudes ébranlées, ses profondes surprises, ce qu’on a envie de garder et le rapport entre tout ça.

Jusqu’à Alzheimer, on est tous tatoués par ces neuf mois de ballade à six dans l’ailleurs. Attention, ce post sera franchement impudique voire même carrément ennuyeux pour qui préfère Bruce Lee à Barbara Cartland. En plus c’est longuet, ami lecteur, ne te sens pas obligé de te farcir tout ce blabla. Lire en diagonale n’est pas pécher.

Partir et revenir

L’intuition du rêve initial, fort naïf mais tellement porteur, nous a fait quitter pour un temps familles, amis, maison, boulot, et (presque) tout le confort moderne. A la veille de plonger dans les retrouvailles, de percevoir déjà la chaleur de l’accueil, on est encore plus confiants dans l’idée que le détachement est une épreuve que dépassent aisément les coeurs vaillants de nos proches. Bien sûr, voyager en 2015, soit dans l’ère post-révolution numérique n’a rien à voir avec les voyages entrepris il y a 40 ou 20 ans. Même avec un wifi en dents de scie, on n’a jamais été bien loin de nos mails, ni même des nouvelles du pays. On a ainsi sursauté avec Charlie et les Tunisiens, suivi les mouvements de grève désespérés, pleuré avec le Népal trop tectonique. Et puis regretté parfois de ne pas être à vos côtés les jours plus gris. On n’a pourtant pas beaucoup skypé, réseau hésitant et média qui nous convainc peu, on a préféré vous lire et vous écrire, même parfois se taire, eu le temps de penser à vous plus souvent avec les enfants. L’amitié peut bien se permettre la liberté.

On retrouvera avec un profond bonheur aussi notre maison, qu’on aime, et parce que ça fera du bien de retrouver un nid. Puis tout ce qu’elle contient, les choses. Pendant neuf mois, on a soupesé et porté chacun des objets quotidiens. On a voyagé relativement léger; quelques fringues et affaires de toilette, une pharmacie, des moustiquaires et deux petits matelas, un trop lourd sac d’école, un pas moins lourd sac ordi/cables/passeports/canif/ficelle. L’histoire ne dit pas encore si ce relatif détachement matériel aboutira à une sobriété heureuse ou à un rattrapage gourmand, sans doute un peu des deux.

Voyager en famille

On pourrait écrire que pendant neuf mois, nous avons chanté à six sur les airs de la famille Trapp, que ce fut une succession d’aurores pour célébrer l’harmonie familiale,. On aurait pu s’en tenir à décrire ici le sentiment puissamment vibratoire de voir grandir une équipe (pour paraphraser Marc Wilmots), un vrai souci des autres, une solidarité dans ce petit système, confronté à l’étrangeté d’être étranger. On a été étourdis de contempler la faculté d’adaptation de ces gamins, c’est pas une légende.  Il  y eut  aussi des fois, on s’est dit qu’on les mettrait bien sur eBay ou qu’on allait se faire un resto à deux, ou même se prendre un temps en solo. Ca n’a pas toujours facile pour chacun de trouver et d’apprécier sa place dans cette cellule en vase quasi clos. Tout partager, du lit à la bouteille d’eau, de la liseuse aux jeux des plus jeunes. Du coup, des centimètres de drap et des minutes d’Ipad ont été décomptés, il y a eu des explosions quand ce n’était pas juste. Mais globalement, c’est quand même pas mal de se donner tout ce temps-là ensemble, de découvrir à six, de rire beaucoup, de tenter de répondre à leurs questions infinies de l’exploration des possibles. Parallèlement, chacun est très heureux de retrouver son univers, sa chambre, ses copains, son camp ou son boulot! Et que c’est riche aussi de vivre des choses séparément et de les ramener, ou non, au bercail. Outre les souvenirs de la route, on espère avoir transmis un peu de goût pour l’audace et l’envie de vivre ses rêves, plutôt aujourd’hui que demain. On a croisé des lignes de vie largement moins longues et moins chanceuses, d’autres très insouciantes. Puisse les leurs être choisies.

Notre responsabilité de parents, c’est d’assumer les risques de l’inconnu et de ramener tout le monde à bon port. Un papa français croisé à Madurai, Sud de l’Inde avec sa petite famille avait cette image, tellement juste à nos oreilles; « la santé des gamins c’est comme le toit de la maison, ça ne peut pas prendre l’eau ». On a tous été un peu malades, et tout vacille quand par exemple, la grande fille affiche 40°c et se tord de douleur, les voyants de la vulnérabilité clignotent dangereusement , en proie à tous les doutes… et on vénère la salvatrice piqûre d’antibiotique no name. Des bobos (deux flacons d’hélycryse-rescue et trois tubes de nux vomica), mais la maison tient le choc jusqu’à présent, palu pas pris, oufti!

Il n’y a pas d’âge , ni dans un sens, ni dans un autre, pour appréhender le monde et les gens, les inepties et les injustices, les beautés et les forces du centre de la terre. On y croyait, on en est sûr.

Faire l’école

Aaaah! Voilà bien un sujet qui ne fait pas rêver, ni les scolarisés ni les scolarisants. On a renoncé au programme d’enseignement à distance de la Communauté française, désespérant de pédagogie old fashioned et de rigidité administrative has been. On s’est donc lancé en free style, programmes et conseils des maîtresses en poche et avec des manuels pluridisciplinaires français. On a trouvé plein de ressources mises en lignes par la généreuse communauté des profs. On aurait pu investir encore beaucoup plus d’énergie dans la planification des séquences et la meilleure voie de faire découvrir les matières à chacun… Mais on a surtout improvisé et tenu un journal de classe comme preuve de la non-déscolarisation de nos enfants. C’était la première année qu’on mettait notre nez dans les devoirs, jusque-là, ils se débrouillaient (bien) sans nous. Trouver le temps et les conditions pour l’école n’a pas toujours été facile. Mais les enfants, trop motivés de retrouver leur classe, leurs maîtresses chéries et bien sûr les copains l’an prochain ont été vraiment coopérants. On a misé sur le maintien du lien affectif fort avec l’école; des cartes postales, des mails, on a reçu des photos des classes vertes… pour donner du sens à nos heures de travail. Là, ils sont chauds boulettes pour raconter l’une ou l’autre découverte à leur petits camarades. On espère avoir relevé le défi et qu’ils ré-intègreront sans encombre leur classe dans l’année supérieure. N’empêche. On en a appris des choses. Pas encore les fleuves et affluents de Belgique ou la bataille de Waterloo mais des mots bizarres comme mangrove, palanquin et bidonvilles, et puis des rudiments d’Anglais de backpackers… Ca promet! On n’a pas réussi à éradiquer les « si j’aurais… » et « j’suis y allé. ».

« C’est quand même les maîtresses des écoles qui sont les plus meilleures! » Z. Notre  considération pour le travail des institutrices et instituteurs en est renforcée! Valérie, Charlotte, Laurence, Alain, Mesdames Lorge, Mahy, Papens, Becquet et Noltincks, Merci et vivement la rentrée!

Ecrire un blog

Comme un écho du voyage, une lorgnette ouverte sur notre aventure.

Bien sûr, de nombreux épisodes échappent à la rédaction. D’un autre côté, on n’aura jamais autant dévoilé ce qu’on vit, ce qui nous passe par la tête et sur le coeur au grand flot des lecteurs de l’interweb et de la NSA!

On a écrit à deux, enfin plutôt à tour de rôle, sous la critique constructive de l’autre (joies!). « Dans cette phrase, on comprend vraiment rien ». « Non, mais là c’est trop cynique, on peut pas écrire ça ». On a navigué entre le souci de vérité chronicologico-historique et celui de ne pas barber ou heurter définitivement le lecteur sous-marin et les quelques fidèles comments feeders, l’award du plus rapide/fréquent/personnel commentateur se dispute encore entre Anne et Mamy, à vos claviers!  Merci à chacun, quel plaisir de lire vos réactions!

Blogguer nous a pris du temps, et nous a rendu de l’énergie. Le récit nous a souvent aidés à digérer des situations, à articuler l’un ou l’autre bout d’idées. On avait aussi envie d’en faire un lieu plutôt joli, avec des photos qui racontent à leur tour. On n’a pas révolutionné le genre (franglais, références d’un ghetto socio-culturel, structure spontanée et phrases en ‘on’), juste pris ce pli de laisser monter le sujet du prochain billet et puis de le pianoter, souvent tard le soir, parfois l’heure où le style est moins maîtrisé. La relecture avant publication à la faveur d’un wifi tangible aura été bien souvent salvatrice. legrandvoyagepointbaieeux se clôt bientôt, il aura entretenu notre goût à tous les deux pour l’écriture, même si ce n’est ni un scénario pour court métrage fauché, ni un projet de communiqué de presse sur une maison de repos bien-traitante.

On n’a pas réussi – ni même essayé- d’en faire un carnet pratique. C’eût pourtant été un juste retour des milliers d’infos glânées sur des blogs/forums de voyageurs essaimant les horaires des bus qu’on ne trouve nulle part ailleurs (mais un mot, une question et admin@legrandvoyage.be fera le reste!). On a moins associé les enfants qu’on l’imaginait au départ, ils ont lu et reliront sans doutes les pages.

(L’usage répété de la parenthèse est évidemment une figure de style récurrente pour évoquer l’expérience ponctuelle de 9 mois, mais tu avais compris tout ça!).

Défaire son sac

On n’a pas fort changé, tu sais! Mais on rentre quand même avec deux-trois choses en poche qu’on espère bien conserver précieusement.

Sûrement l’habitude prise tout naturellement de papoter des heures avec les enfants, de tout, de rien, du prochain déguisement pour le carnaval, de comment poser le vernis sur sa main gauche quand on est gaucher, des prénoms des futures poulettes du jardin, la vie quoi! Neuf mois qui nous filent une sacrée patate à tous les deux, un rêve porté et assumé à deux, on accroche une plume à notre arc, ou une étoile sur le cake comme on dit.

Aussi, on ramène l’intention de garder de la place voire de planifier la nonchalance, l’improvisation et la liberté. On a apprivoisé notre planning incertain pour en faire un éventail de routes possibles selon le feeling, le mood et les needs de chacun. So nice, sin’t it? On sera peut-être les réfractaires de l’agenda qui se remplit trop vite, pour se ménager de l’espace, ne pas courir derrière les activités et les doodles, dire ‘on verra…’.

On a confirmé notre goût pour la vie au grand air. Le camping, les bungalows en paille ou en bois, l’air du large, les bruits de la montagne, la lumière de la campagne et aussi les pulsations des villes ont fait beau notre quotidien. Ne pas s’étonner si on redouble de pic nic, et de ballades, s’inquiéter peut-être si on campe dans le jardin en plein hiver et encore.

Et puis les envies d’autres voyages portent nos sacs à dos. Jamais plus ce long cours saisi cette année, mais des petits voyages, peut-être en équipe réduite ou avec d’autres, « Y a pas de bout du monde »Z. encore. On a vu des merveilles de tout poil mais c’est notre oeil dans le kaléidoscope des réalités humaines qui nous a nourris plus encore. On sait que c’est la route à six, sertie de tous ces visages qui a fait notre grand bonheur du grand voyage.

Sur ma route oui, il y a eu du move oui…

6 réflexions au sujet de « Sur ma route oui, il y a eu du move oui… »

  • seront jamais champion du monde de foot ces belges, mais qu’est qu’ils écrivent bien…je sais pas si mes nuits étoilés et la fatigue qui va avec, mais j’ai presque la larmouille….je me met à votre place (va savoir pourquoi) et je vous imagine nostalgique de cette page qui se tourne, bref je vais m’égarer dans des ressentis qui traîne en longueur! je pense que c’est surtout moi qui vais être nostalgique de plus suivre vos aventures! gross baiss!

  • Un samedi soir sur la terre, je suis seule avec mes loustics (qui dorment!), et je « trouve » ce post qui m’emplit d’émotion! Je repense à votre départ et j’imagine votre retour! Que de journées passées, pour vous, pour nous!
    Hâte de vous revoir!!! Marcel disait à Pépé Jeannot qu’il allait « recrouver » sa marraine!!! « Oui, mon ptit chou, dans 4 dodos »… Le décompte était trop tentant! Sorry!
    On vous ad’!
    maritch!

  • Depuis le temps que je vous lis sans rien dire… fallait quand même bien faire un ptit signe.
    On rêve aussi depuis longtemps d’emmener les enfants par monts et par vaux, à gauche à droite, là-bas au loin. Du coup j’aurai sûrement plein de question pour « admin@legrandvoyage.be »… ou simplement autour d’un bon verre de vin 😉
    Bon retour! Et comme d’autres vont l’ont sûrement souvent dis au départ, j’vous l’dis au retour ce coup-ci : profitez-en bien!
    F.L.A.G.S. (mais surtout L. pour le verre de vin!)

  • Camper dans le jardin, le rêve !!!!
    Quel beau kaléidoscope que vous nous avez partagé… Vous auriez pu en écrire encore plus (je l’aurais lu, si, si…), mais le compte à rebours a commencé…. En tout cas nous on est prêt pour l’atterrissage de la fusée et bien impatients de vous avoir dans nos bras !!!!
    Bisekes à tous et à tout bientôt !!!

  • Hello
    Lecture passionnante qui résume tellement bien tout vos reportages lus avec intérêt, joie , émotion. Fabuleux, fabuleux!!!!!!! Et toute mon admiration à vous tous et gros bisous en attendant la joie de se revoir mardi.

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