de la frontière Lao à Angkor

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Dans notre cas, aller au Cambodge, c’est d’abord sortir du Laos. Cela fait donc deux frontières et deux belles escouades de douaniers en quête de reconnaissance pécuniaire à rencontrer.

Car comme il est de bon ton de le proclamer pour qui veut passer du stade de bête touriste à celui de voyageur, l’âme d’un voyage c’est bien sûr et avant tout les rencontres avec l’Autre (majuscule de rigueur), douanier ou pas.

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six formulaires pour ne rien déclarer

Le bus se vide donc de ses passagers devant le poste du côté lao et se promet de les récupérer du côté cambodgien. Le choix est assez simple:  l’option pragmatique (anglo-sax/germaine) jouer le jeu de la corruption et payer sans sourciller (ou alors mollement) les 20000 kips ou 2 $/passeport réclamés pour avoir le tampon de sortie rapidement ou  l’option principielle (franco-française) faire blocage et commencer une petite guerre d’usure parce que, décidément non, la corruption c’est mal. Le risque étant alors de faire chier les douaniers (z’avaient qu’a pas commencer) et la file qui attend de moins en moins sagement derrière soi. On vous laisse deviner quelle a été notre attitude avec une petite troupe de Français, attitude bien évidemment aussi constructive qu’éducative.

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récits de voyages à travers les passeports avec Louise et Jeanne, tourdumondistes blondinettes, super-copines pour quelques jours au moins.

Rebelote à l’entrée du Cambodge où nous avons pu passer directement au stade 2 (le tampon) sans passer par la case visa puisqu’on les avait faits à l’ambassade à Vientiane. Là aussi, petit jeu autour du fait de s’acquitter d’un droit de tampon “in” ou non. On s’en sortira en notant ostensiblement le nom et matricule du bonhomme en service. Cela lui a apparement rappelé l’honneur qu’il avait à servir son pays le temps de nous remettre nos passeports. On y aura même pas laissé le dollar dû à la visite médicale où un dévoué infirmier (sont-ils surnuméraires dans cette campagne) se propose de vérifier notre température! C’est un sketch!

Blague à part, les fonctionnaires sont tellement mal payés qu’il se coincent dans des situations où la corruption est “la seule issue”. Leur fonction est une place enviable où il et facile de rançonner le touriste. Tout le monde le sait et ils ont donc des obligation$ sociale$ plus élevée$ que les autres, sans parler de l’accès à la profession et de l’achat de l’uniforme (+/- 3000$ au Laos!) qu’ils doivent bien amortir d’une manière ou l’autre. La corruption nous offusque parce qu’on vient d’Etats où elle est contraire aux principes et punie. Mais il a des régions où elle est une part essentielle du système de gouvernance et vouloir y échapper, c’est refuser de s’intégrer.

 

saut lac 2-08272Donc, nous voilà au Cambodge. Première destination: Ban Lung, au Nord-Est, petite ville de province dans son jus qui vaut surtout pour ses chutes d’eau et son lac volcanique où on aura fait de belles ballades et une mémorable baignade dans des eaux aussi claires que chaudes. Quel pied. On y passe trois nuits dans une cabane en bois avant une journée de bus en direction de Siem Reap.

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les nouvelles du pays

 

Siem Reap est une ville champignon, tout est y centré sur le tourisme. Les hôtels de luxe côtoient les salons de massage et des restos copies conformes de ceux qu’on pourrait trouver dans une station balnéaire branchée en Europe. Et pourtant on s’y précipite le coeur léger comme des dizaines de milliers d’autres chaque année. Parce que Siem Reap, c’est la ville d’où on a accès à Angkor, et cela efface tout le reste.

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On a la chance d’arriver à la fin de la saison. Il paraît qu’on aurait été cinq fois plus nombreux sur les sites en janvier. Et la magie s’enclenche.

Les vieilles pierres nous transportent au XIXème avec les archéologues qui ont révélé les sites à la vieille Europe, ou avant encore, dans les querelles de successions au sein de l’empire khmer qui jouait l’alternance du Bouddhisme et de l’Hindouisme toutes les deux générations. Les capitales valsaient, les temples-états passaient de la gloire à l’abandon avant de renaître sous de nouvelles couleurs pour construire pierre à pierre cette cité d’Angkor qui nous émerveille encore aujourd’hui.

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Les architectures sont simples: des carrés, des rectangles, des croix, des enfilades. Des bâtiments construits le long d’un axe qui mène à un sanctuaire. C’est entre entre la simplicité des lignes et le foisonnement de l’ornementation que jaillit l’étincelle. Car à Angkor, la statuaire et le bas-relief ont atteint des sommets. Les mythes de l’Hindouisme et du Bouddhisme se croisent et se répondent, finissent par se mélanger, couvrant chaque mur de sagas et d’épopées. Les vies des rois et des puissants s’y mêlent, laissant dans la pierre la trace de leur grandeur et les croyances qui ont fondé le grand empire khmer du XIIème.

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Difficile de trouver un mètre carré qui n’arrête pas le regard. Les Apsaras (danseuses célestes) sont partout, insufflant une sensualité qu’on ne soupçonnait pas à des blocs de grès de plusieurs tonnes taillés il y a plus de mille ans pour certains. Petit à petit, on apprend à distinguer les grandes époques des six siècles de gloire du site; avant son passage à une architecture de bois dont il ne reste rien aujourd’hui.

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En quelques siècles d’abandon, la jungle s’est réappropriée l’espace. Des fromagers majestueux (l’arbre pas le marchand de lait fermenté) s’élancent des ruines vers le ciel, leurs racines disloquant la pierre et improvisant avec les bas-reliefs des chorégraphies aussi impressionnantes que destructrices. Des mousses offrent au grès des airs de jade et d’émeraude et les lianes lézardent parmi les gopurams, se mêlant aux serpents de pierre, le fameux najas.

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Certains temples sont préservés dans cet état, entre nature et culture, se révélant comme si nous les découvrions nous-mêmes.  La plupart sont maintenant à l’abri des assauts végétaux.

Shiva et Vishnu, Bouddha sont ici les maîtres. Certains temples sont encore honorés dans ce mélange de piété et de mercantilisme qu’on aura retrouvé dans chacune de nos étapes en Asie. Car des sous, il en faut pour préserver Angkor.

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Et heureusement, les capitaux affluent sur la vieille ville. Chaque matin la billetterie fait le plein (on paye en US$) mais surtout, on remarque que chaque site affiche fièrement les généreux donateurs qui contribuent à sa conservation/restauration. Des universités, des ministères, des fonds privés, des sociétés commerciales ou même des centres de recherches archéologiques, tous étrangers, participent et financent Angkor. L’appellation de patrimoine mondial de l’humanité aura rarement mieux porté son nom.

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L’UNESCO veille, tant mieux! Angkor a de tout temps été pillée. Pour détruire les anciennes divinités au gré des changements religieux, pour récupérer les matériaux de construction ou depuis 150 ans pour alimenter les réseaux internationaux d’antiquaires. Ce qui reste doit être préservé pour que toi aussi tu puisses un jour admirer la lumière du jour naissant souligner la finesse des visages du Bayon et contempler le soleil se lever sur Angkor Wat.gaia buddha-08447

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Depuis Vientiane…

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Vientiane est une de ces capitales qui ont oublié de se prendre au sérieux, où le rythme reste doux et les gens détendus.

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toutouyoutou sur la corniche du Mékong

 

 

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Bouddha change un peu de physionomie et de coiffure mais toujours cette paix contagieuse.

 

On retiendra le Wat Sisaket et puis le musée du COPE ou quand un hôpital de revalidation se fend d’un visitor center. Au Laos, la guerre du Viet Nam voisin a largement débordé. Certaines zones figurent même dans les tristes records de tonnage lourdé au km2. Les US du temps jadis ont ainsi voulu déloger des méchants rouges cachées dans la jungle ou se délester des bombes non larguées pour sécuriser leur atterrissage (véridique!). Du coup, le pays est meurtri de zones rurales et moins rurales dévastées sur le coup, mais aussi saupoudré de sous-munitions tapies dans les fourrés. Parce que près de 25% des bombes n’ont pas explosé à l’impact, elles sont restées opérationnelles quand une gamine jouait dans les champs ou que des jeunes gars cherchaient du métal pour quelques dollars. Ajoutez à cela des soins de santé sous-équipés et ça vous multiplie un nombre de victimes fort civiles jusqu’à plusieurs dizaines de milliers depuis la fin de la guerre. On a été très impressionnés et émus par le musée artisanal mais pédagogique de l’hôpital de Vientiane.

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les sous-munitions au premier plan, notre mine grave juste derrière

 

Note pour plus tard; on a aussi pris le temps d’obtenir le précieux visa cambodgien dans la capitale, épisode tamponné à suivre dans nos prochaines éditions!

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Bus disco pour une nuit de folie… réveille en moi le tourbillon d’un vent de folie!

 

Et hop, en avant pour la nuit en bus-couchettes! Les nostalgiques de la banquette arrière ne seraient pas déçus, des vrais lits dans un immense car à double étage! On s’installe sur la litière arrière à 6, mais sous le potin de l’air-co et les accidents de nappage d’aspalthe, on ne dort que passablement bien. On arrive à Paksé et on trouve pourtant les ressources pour rejoindre en bus local Tad Lo, à 2h de route plus loin sur le plateau des Bolovens. On y trouve un havre de paix dans la jungle avec des cascades, des rapides, des éléphants qui s’y baignent tous les jours à 16h30, des ballades, du sticky rice et des amis-voyageurs en famille croisés plus au Nord.

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Indiana Zeph’

 

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et Raph’ Jones

 

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aux premières loges

 

On en profite pour séjourner encore un peu à Tad Lo avant de se diriger vers Champasak, petite ville au lustre dépoli posée sur le Mékong, faisant face à une île bien paisible et surtout donnant accès au Wat Phou.

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Une première rencontre avec l’art khmer, un site magnifique dans un cadre magique, des vielles pierres qui forment un ensemble mystique nous ont tout simplement éblouis ce matin-là au Wat Phou. On se languit encore un peu plus d’Angkor.

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Traversée du Mékong et voyage en bus pour rejoindre la frontière cambodgienne en s’offrant une halte très sympa sur l’une des “quatre mille îles” du Si Phan Done sur le Mékong. Et là aussi, baignades, ballades à vélo, cascades spectaculaires et toujours le fleuve font notre quotidien sur Don Khone. Pas de voiture, un petit bungalow avec hamac sur les berges, c’est un peu l’île de Ré hors saison, sans les vagues de l’Atlantique mais avec forêt et pistes en terre. Bon la comparaison a ses limites mais on a beaucoup aimé cette étape tous les 6, ça doit être le parfum de farniente en édition limitée, ou simplement un goût de vacances. Je crois que le peuple lao a inventé le “lâcher-lousse” (spéciale cacedédi aux copines du tricot;-) soit la liberté infinie des tout petits enfants, l’idée que l’aventure et ses risques élèvent les têtes blondes et moins blondes). Le Laos nous aura offert le rythme tranquille d’un fleuve qui s’écoule inexorablement, comme nous vers le mois de juin. Les Laos nous auront encore persuadés que la nonchalance aide à savourer tous les petits instants précieux, ne le sont-ils tous, par ici et par chez nous?

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Et une petite sentence proverbiale, une: On dit que le Viet plante le riz, que le Khmer le regarde pousser, que le Lao l’écoute pousser et que le Thaï le récolte ; les mauvaises langues ajoutent que c’est le Chinois qui en fait commerce.

On continue notre tour d’observation par le Cambodge.

Je vais au marché…

et j’achète:

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un beau sac de crapauds frais

 

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des grillons grillés (forcément)

 

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un genre de gros cafards

 

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j’aurais peut-être dû prendre des crapauds déjà éventrés…

 

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…ou alors en brochettes

 

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des oeufs de Barpapas

 

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un petit poisson chat,

 

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un iguane entier pour le rôti de dimanche

 

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j’hésite toujours sur les crapauds
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une panier de crabes pour l’apéro
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una assiette de larves
grillons désailés-07793
du frichti d’insectes qu’on ne reconnaît plus
grillés les grillons-07794
d’autres larves, mais plus grosses,

 

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de quoi faire une poêlée de champignons, ou une omelette
fleurs de bananiers-07798
des fleurs de bananiers,
tamarin-07799
du tamarin,
testicules de barbapapa-07800
des Rambutans (et oui, ça se cueille sur un arbre et non sur les mâles d’un animal improbable)

 

 

 

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du dragon fruit (à l’intérieur: c’est blanc avec de minuscules pépins noirs)
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des larves dans leur jus (pour qu’elle restent fraîches?)
Beatles Love love me do-07808
et une petite poignée de scarabées pour finir.

Ceci dit, on trouve aussi plein de choses tout à fait banales sur les marchés comme des bananes ou du dentifrice. Mais ça fait des photos moins rigolotes.

Et puis, imaginons un instant la tête d’un Lao devant un bocal de rollmops ou un ravier de Brusselsekaas.

Jungle: flore et faune

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Le Laos est un pays magnifique. Bien moins dévôt que la Birmanie ou la Thailande. Pagodes clinquantes, bouddha bling bling et temples disco partagent l’espace avec des marteaux et des faucilles d’or sur fond rouge. Ici, dans un régime communiste qui flotte au vent, voir Bouddha, c’est dériver le long des fleuves, gravir des sommets karstiques, et trouver le chemin dans la jungle vers une cascade, rafraichissante au son et à la vue, délicieuse quand on peut s’y baigner -sans la dévaler.

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On se régale donc depuis deux semaines à découvrir les charmes d’une nature grandiose et cachotière. Lentement. Tout y invite.

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On a saisi les occasions de pousser la route vers Nong Kiaw et puis de s’y arrêter parce que c’était bien. Nous sommes allés à Vang Vieng, gros coup de chance sur la Guesthouse. On a marché jusqu’à des points d’eau et loué des motos sur une “dirty road” (écrit comme tel sur la carte) pour  se rendre au blue lagoon et à une grotte où la ballade s’est transformée en spéléo. Les grottes et les chutes d’eau nous rafraichissent, on est bien dans du tropical humide et la chaleur nous écrase et nous imbibe, on s’y fait mais en fait pas vraiment.

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Ici aussi le tourisme est en pleine expansion. Au Laos comme dans le Nord de la Thaïlande, on invite le backpacker à une greendiscovery ou à des expériences inoubliables d’éco-tourisme dans des zones “pas touristiques”. Ca fait sourire comme concept; le greenwashing du tourisme, c’est ne pas jeter ta bouteille en plastique dans la forêt? Les villes sont trop souvent devenues un ghetto à Western et à touristes chinois ou coréens (dont je tairai les qualités pour contrebalancer les émissions de décibels). Quand les Lao, Hmong ou Akkha ne sont pas présentés comme des attractions ethniques, ou G.O. dans une agence locale, les gens restent assez réservés. Bien sûr la grande majorité ne parle pas un mot d’Anglais, restent les sourires aux enfants et les petites salutations prudentes.

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gestes universels
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les adieux après la séance de coiffure à Vang Vieng

Mais dès le bateau inaugural, on a croisé une majorité de voyageurs au long cours, rompus aux bons plans échangés, aux transports chaotiques, aux bestioles, aux bonheurs, aux pépins et aux questions que le voyage traîne dans son sillage.

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On remarquera l’aménagement toujours très fancy des banquettes de mini van. Le cadrage ne nous permet pas de mettre en valeur les floches ornant les coussins.

Des voyageurs en solo de 20 ans à peine avec une maturité et une confiance en eux et dans le monde rayonnantes. On se demande si on avait cette fougue à 20 ans, si nos enfants l’auront.

Des frères et soeurs, des copines, des grands potes qui se rejoignent pour voyager en duo.

Des jeunes backpackers en grappe, qui profitent de tout ce qu’il y a de meilleur, à commencer par le whisky lao à 13h, la danse de l’approche réciproque et les débats sur le personnage de “Into the Wild”  “Was he making suicide or just looking for adventure, -marque un temps- just like we are?!”.

Des couples, de ceux qui font un tour du monde après les étudesavant les enfants. Ceux-là sont souvent plus mesurés.

Quelques familles, quel plaisir pour chacun! Des impulsions, des contraintes et des intérêts similaires, on passe du temps ensemble, on se retrouve plus loin sur la route.

Des couples plus âgés, qui n’ont pas quitté leur sac-à-dos, ont parfois voyagé avec des enfants jusqu’à ce qu’ils soient trop grands et reprennent la route en regardant dans la même direction. Ils ont la pêche qu’on aimerait avoir à 65 ans, parfois plus!

Puis on croise même des gens avec qui on a mangé des coquillages pêchés en Nouvelle-Zélande, dans une gare de bus reculée dans le Nord Laos.

Parfois aussi des gens qui ont posé leur Quechua et ont bâti une vie ici, un choix radical.

On aime beaucoup ces rencontres, les enfants aussi, bien au-delà du guide du routard qui nous semble s’être embourgeoisé avec son public ou du lonely planet, où on est sûr de ne pas être lonely 2 secondes. Chacun fait finalement son voyage, avec ses attentes et ses trouvailles.

Et puis, en quelques images, une autre histoire de liens …

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Soie
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teintures végétales
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et autres pirogues Dans un projet à Luang Prabang d’empowerment féminin et rural merveilleusement cohérent et inspirant. Ca s’appelle Ock pop tok, qui vient y faire un stage de batik Akkha le long du Mekong?

 

 

Livres d’images #4: au Laos

Cela fait déjà maintenant une belle semaine que nous sommes au Laos et à côté des merveilles de ce pays, on découvre aussi que les connections internet y sont plutôt faiblardes.

On profite donc d’une opportunité un peu moins anémique pour vous livrer quelques images en vrac, accompagnées de petits commentaires pour l’ambiance.

C’est parti:

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à la gare de routière de Bangkok, qui nous mènera vers le nord de la Thaïlande et la frontière lao.
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un vénérable moine médite, c’est son image en cire qui nous toise.comme la rencontre improbable de Mme Tussaud et du Dalaï Lama.
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nos premiers orages de mousson. ici, dans un tuktuk disco à Chang Maï

 

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au Laos, 2 jours de descente sur le Mékong pour rejoindre Luang Prabang
le fleuve est l'artère du pays. les chinois y investissent comme partout ailleurs
le fleuve est l’artère du pays. les chinois y investissent comme partout ailleurs
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et puis des moments hors de l’histoire

 

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l’aumône aux moines. Ils mangent ce que la population offre: sans doute un peu de riz 🙂
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en bonne compagnie à notre buffet cantine de Luang Prabang. 10 000 kip (1,3€) l’assiette végétarienne qu’on remplit selon son appétit.
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on s’y baigne
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au sommet de la cascade, comme un petit goût de nature originelle

 

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buddhas de dos-07590 grottes habitées

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extrait du règlement d’une guesthouse: on ne résiste pas à le partager aux profs d’anglais et à tous les autres.

 

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petite promenade surprise dans la jungle
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côté pile et…
Nong Khai-07670
…côté face à Nong Khiaw
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alcool de riz aromatisé. uniquement pour faire frémir les touristes. les Laos, pas cons, le boivent pur et blanc quand il n’y plus de Lao Beer.

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2 roues, LE moyen de transport de toutes les familles là où ne passe pas le Mékong

 

 

Birmanie, c’est fini!

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vendre des couvertures, c’est démontrer leur confort et nous inspirer la plénitude

 

Notre périple birman s’est terminé (bouhouhou, on vous a dit qu’on avait aimé?) par 5 jours à Mandalay, deuxième ville du pays, entourée de cités anciennes à la gloire révolue.

On aurait pu aussi s’engouffrer dans un bus, une nuit par ci, une autre par là (tellement de beaux endroits à découvrir) tels des routards hyperactifs, des vagabonds pressés… nonsense!
Il aura fallu 6 mois de doux voyage, pour que l’argument de la bougeotte “on est à 100km d’un site majeur, go!”, fusse supplanté par le “qu’est-ce qu’on est bien ici! On reste”. Une pointe de nonchalance s’est fait une belle place dans notre emploi du temps et a réduit nos velléités de planning, nos attentes.

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apprendre ou réapprendre les règles du Backgammon (qu’est-ce que c’est con-con comme jeu)

 

On se refuse toujours d’user de la sentence aussi bien francophone qu’ anglophone (mais d’autres langues s’arrogent-elles cette expression impérialiste?) ON A FAIT l’Inde… Qui nous laisse perplexes! De même, les rencontres faites au gré de la route posent souvent la question aux enfants de connaître leur favourite country. On se dit que c’est tellement difficile, qu’on n’a pas envie de répondre à cette question.

Tout ça pour dire qu’on est resté sagement à Mandalay. Et qu’on y a vu des merveilles, que voici en images. 

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fabrique artisanale de feuilles d’or pour honorer Buddha

 

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les rives de l’Irraddawy

 

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les taxis de Mingun, personne n’est pressé

 

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en route vers Inwa, le rythme lent des fleuves

 

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On est aussi un peu dilettante pour le blog du coup… On y tient pourtant, comme une occasion de récit qui permet un peu de digérer les situations vécues, de les mettre en perspective pour s’en souvenir, pour toujours.

On a donc quitté la Birmanie (que tous les locaux appellent Myanmar, campagne marketing opérante de la junte, faut dire que même la pils s’appelle comme ça. À quand l’Europe à la pression?).

Alors est-ce “fair” de voyager dans un pays tenu d’une main très ferme par des militaires au canon leste et à la dévotion sans borne pour les astrologues? Trois jours avant notre arrivée, une manifestation d’étudiants pacifistes a été violemment réprimée. Si le parti d’Aung San Sue Khiy appelait au boycott du tourisme jusqu’en 2011, ce n’est plus la position aujourd’hui. Alors on a essayé de faire la part des choses en choisissant de dépenser chez des petits exploitants même si il est inévitable d’abreuver le pouvoir et ses petits amis, par exemple dans les tickets d’entrée sur les sites ou la taxe sur l’hébergement… Ni tout blanc, ni tout noir, un peu comme à chaque acte de consommation. Le pays est magnifique, voie lactée de pagodes et de gens touchants et communicatifs. Mais pour les tours operators, fait trop chaud, y a trop de bruit et les routes sont mauvaises. Ça c’est pour éloigner le tourisme dénaturant des groupes en bob uniforme.

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Le trait de mélancolie est ce soir forcé par l’actualité du Népal. On a des nouvelles rassurantes de nos hôtes et amis, les petits Belges sont rapatriés, mais le chaos est total et les photos des lieux d’histoire et de vie engloutis nous rendent tristes. Gageons que l’incroyable force et courage des Népalais soient largement soutenus par une aide internationale pour une fois désintéressée ou presque(?). 

Bref, on est cool et paf à la fois!

A simple plan (une anecdote)

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l’Irrawaddy, sans bateau.

Au départ, c’est une idée simple. Relier Bagan à Mandalay. Cela peut se faire par la route, par le rail, par avion et même par bateau. C’est cette dernière possibilité qui a notre préférence, on a une revanche à prendre sur le trajet Hpa An – Mawlamwyne.

Or, on nous l’a dit et redit, le fleuve est maintenant trop bas, fin de saison sèche, plus de bateau. Mais il paraît que certains voyageurs ont quand même réussi à prendre le bateau.

Une enquête s’impose. On met nos plus fins limiers sur le cas et on va à l’agence de voyage la plus proche: boat finish! no water.

C’est clair, net et sans ambiguité. Ou presque! Parce qu’en creusant un peu, on se rend compte que si effectivement les 3 compagnies commerciales qui affrètent des “speed-boats” (une journée de trajet quand-même) ont cessé leurs activités jusqu’à la mousson et au remplissage du fleuve, il reste le slow-boat  (2 jours et une nuit – qui a copié qui?) des services publics locaux, le doigt sur la couture du pantalon de petit soldat (hum!). Vu qu’elle n’y ont aucun intérêt les agences sont un peu réticentes à livrer les infos mais on finit quand même par trouver l’embarcadère d’où partent les bateaux. Mais en ce jour de début du festival, le bureau d’info slow-boat n’est occupé que par 3 enfants plus passionnés par leur bassine et pistolets à eau que par le trafic fluvial. Une affiche nous informe quand même qu’on prend les billets à bord et que le départ est à 5h30, du matin. Ouch!

Nous voilà donc rassurés. Ce sera le bateau.

Et puis, 2 jours plus tard, voyant l’ampleur du water-festival et la paralysie qu’il entraîne, on en vient à se demander si le bateau sera maintenu. Un e-bike plus tard, je me retrouve à nouveau au bureau d’info où une brave dame me confirme en 4 secondes et autant de mot que: No boat, water festival! On apprécie l’ironie de voir des trajets en bateau annulés pour cause de water festival et je fonce à la gare pour activer le plan B.

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curieusement, la fontaine ne participe pas au water-festival.

Le rail birman a une réputation à tenir: folklorique. La gare est immense, pleine de stucs et de dorures, de couleurs et des bureaux. Pleine de vide aussi. Seul un chien roupille au milieu du hall. Erreur, il y a aussi un jeune gars qui roupille, mais lui dans un bureau aménagé avec lit de camp, cafetière et fil à linge. Je risque de le réveiller et lui explique la raison de ma visite. Ça a l’air un peu trop dense pour lui au sortir de la sieste, ou le protocole prévoit qu’il doit en référer à un supérieur, je ne sais pas. Toujours est-il qu’il me fait signe d’attendre et sort en courant. Cela me laisse le temps de contempler le hall de gare et de découvrir 3 gars qui réparent une mobylette planqués derrière un escalier.

Le dormeur revient avec un gars qui parle un peu d’anglais auquel il me livre. Il peut retourner à son roupillon avec la satisfaction du devoir accompli. Me voilà amené vers les guichets fermés. Mon interlocuteur du moment frappe vigoureusement à la porte de service.  Pas de réaction, pas même du chien toujours installé dans le hall central. Je me fais expliquer les horaires, un peu perturbés pour cause de festival, et finis par comprendre qu’il n’y aura pas de train le jour où nous l’espérions mais bien le lendemain. Ce sera toujours mieux que d’attendre 4 jours le bateau.

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Quelques coups de fil et tambourinages plus tard, la porte de service s’ouvre enfin sur un beau fonctionnaire qui ne semble pas m’en vouloir de l’avoir sans doute dérangé dans l’exercice de ses fonctions puisque je vais lui donner l’occasion d’en exercer une autre: me vendre des billets. C’est finalement l’opération la plus simple. Entre la livraison de bétel, les coups de fils à répétition et le recopiage des données de nos passeports, cela n’aura mis qu’un quart d’heure pour retrouver le carnet de billets, les remplir et me les délivrer. Je n’avais pas le compte juste, il n’avait pas le change, j’ai payé moins cher.

C’est donc 2 jours plus tard à l’aube que nous retrouvons avec armes et bagages sur le quai de la gare. Sentiment rassurant: il y a d’autres “western” présents. Cela augure d’un beau voyage en train. Jusqu’à ce que monsieur chemise blanche se présente à nous et nous annonce que le train est annulé!

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la voie ferrée, sans train.

Mais tout va bien puisqu’un bus a été prévu pour les 14 voyageurs étrangers qui ont un billet. On nous appellera quand le bus sera là. Nous somme un peu déçus, on aimait bien l’idée du train. Une gentille petite attente nous donne l’occasion de faire connaissance avec nos futurs compagnons de voyage. Puis chemise blanche vient nous informer que le bus est prêt, un gros tuktuk nous attend devant la gare. On embarque en demandant à quelle gare routière nous irons prendre le bus. La petite confusion est vite levée: le tuktuk est le bus. C’est donc entassés entre foreigners, accompagnés de 2 Birmans affables, que nous prenons la route de Mandalay. Chaque village traversé nous rappellera que c’est aujourd’hui le dernier jour du water-festival: on se fait tremper une bonne vingtaine de fois sur les 4 heures de trajet.

Sans rancune, on reviendra avec des pistolets à eau gros modèle.

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le personnel de la gare nous voyant nous entasser dans le tuktuk

 

Happy New Year in Bagan!

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Les festivités du nouvel an bouddhique, c’était d’abord un gros noeud dans notre planning puisque tous les bus, trains, bateaux du pays sont à l’arrêt pour 4 jours et les voyageurs prévoyants ont tôt fait de remplir les bus, trains et bateaux des jours précédents le-dit water festival. En gros ça fait une grosse semaine d’impro et d’incertitude (roulera/roulera pas). In extremis, on trouve un minibus local pour Bagan (à 20 dans un véhicule pour 10, mamy-vomi est dans la place avec ses sacs plastiques quand elle ne s’endort pas entre les coups sur la vaillante Gaëtane, olé!). On apprend entretemps que si les bus ne roulent pas, c’est parce que le Water Festival c’est pas de la petite bataille d’eau dans le jardin et-quand-on-dit-qu’on-arrête,-on-arrête.

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Mais que ce sont les bouches d’incendie qui éclaboussent, noient très vite routes et ponts et égaie une foule en liesse imbibée qui investit les lieux. C’est donc 4 jours d’intenses splish splash, de gagnam style sous douche collective et de miss T-shirt mouillé nationale (exit la touche vulgouch’ tout ça est très pop).

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Du bon gros son!

On frôle les 45°c en journée, ok ça rafraîchit. Tu es prévenu, l’appareil photo, tes sous et ton passeport, tu les mets dans un sac plastic sinon, c’est la noyade assurée!

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Equipés!

Et on rit en imaginant avec un Colombien, croisé rincé, la visite à l’ambassade pour remplacement de passeport pour cause de Water festival!  Vu l’engouement des Birmans à inviter les foreigners au coeur de la fête, on s’est pris des sceaux sur la tête et des jets de lance incendie de la part de petits enfants hilares  ou concentrés mais aussi de grands molosses, hilares ou de femmes très respectables, hilares.Bref une fête totale!

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Les arrosés, arroseurs!

Quelle chance finalement d’être ici à ce moment de l’année. Si le premier jour tu affrontes le destin en dansant la gigue et battant le macadam juteux, le quatrième, tu cherches à contourner les points chauds et bénirais presque le gouvernement d’avoir interdit les effusions ablutives après le coucher du soleil. Ici, les familles, les jeunes et moins jeunes défilent par centaines sur mobylettes à fort message sonore ou pick up bondés pour mieux profiter des gaillardes averses. L’eau (des quantités renversantes!) sort directement des nappes phréatiques, même pas peur, la saison des pluies, c’est dans quelques jours. Cà et là, on a vu des micro canaux d’irrigation pour conduire une flaque jusqu’à un jeune arbre, vite noyé. La date de suspension des activités humides est flottante, on en perçoit encore quelques répliques, parce que c’est quand même trop gai!

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Fourbus mais aguerris à toutes les techniques de la bataille d’eau, nous reviendrons, vous voilà prévenus!

Bagan

Bagan-06760Magie d’une cité ancienne (XIIIè) qui conserve près de 2000 temples dont les sommets rouges percent une végétation clairsemée et des habitations en feuillage mais avec panneau solaire adossées… On sillonne les lieux en pick up collectif, scooter, vélo, à pied, à différentes heures du jour, avec une préférence pour les petites et les tardives, moins chaudes et qui creusent les ombres, dorent les contours et révèlent un horizon hérissé. Il fait si chaud qu’il nous semble fendre un air solide et compact, heureusement qu’une douche en scooter est prévue en chemin. 2 scooters à 6, c’est du concept!

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sunrise

 

Vu les transports suspendus, on  passera du temps à Bagan, du temps pour s’imprégner, “nonchaller” et se perdre d’un temple à un autre, oublier la carte – qui de toute façon est trempée-, manger des pistes sablées, être seuls au monde ou entourés des cars de touristes nationaux toujours aussi liants et chaleureux (période de congés annuels). A l’intérieur des temples, on découvre des bouddha, souvent dorés d’origine ou par les fidèles à la feuille et puis des anciennes fresques quand l’oeil s’habitue à l’obscurité, et que le temps et les pillards en ont épargnées quelques fragments ou pans de murs. Parfois, on peut y grimper et embrasser du regard la multitude de ces édifices, uniformes et tous différents…

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sunset

 

On est définitivement et complètement sous le charme de la Birmanie/ Myanmar. Les sites accessibles sont magnifiques, et puis les gens! Pétard! Depuis le début, on a un contact tellement simple, facile, généreux avec les gens de tous les âges et de toutes les conditions. Tout le monde se salue tout le temps avec un regard et un sourire d’une charge de bienveillance éblouissante.

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accueillis pour le pic nique

 

Les enfants bien sûr sont notre meilleur passeport pour entrer en contact avec les locaux, mais on est vraiment touchés au coeur tous les six par les rires et les gestes de bonheur qu’on reçoit par camions.

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Bien sûr,  le pays reste bien fermé, des zones, qu’on devine toujours plus merveilleuses et peuplées mêmement, sont inaccessibles sans permis spécial.  Le délai du visa et les transports saccadés maintiennent les visiteurs sur les sentiers battus. Les régions fermées sont le triste cadre d’une répression des minorités et, même si on ne force pas le dialogue sur les questions politiques, on sent la ferveur intacte pour Aung San Suu Khyi, même des portraits de son père encore honorés dans les plus petits villages, et les espoirs patients d’une population émouvante.

Ne pas s’étonner de nous voir porter des T-shirt I❤️Myanmar l’année prochaine comme pauvre témoin de notre attachement à ce pays. Bouleversant.

Vous êtes dans le lac…Inlé

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un paquet de “Tamarin Flakes” à qui découvre comment on a fait cette photo sans se mouiller.

Il est 20 heures, obscurité complète. Le micro enrobe la voix de l’hôtesse de terre d’un écho absurde et réveille ceux qui commençaient leur nuit. La fluette silhouette de satin rose se tient bien droite dans l’allée centrale, sourire professionnel. On croit comprendre qu’arrive le dinner time. Le JJ express à destination de Nyaungschwe ralentit sa course, un clignotant à droite, ce qui ressemble à une bretelle d’autoroute se dessine dans une succession de néons tapageurs. Frein à main, la porte s’ouvre dans le relâchement d’un piston et le bus se vide de ses occupants. Ceux-ci vont eux-mêmes se vider aux toilettes avant de se remplir au resto et d’enfin remplir à nouveau le bus et ses fauteuils moelleux. Avant de peut-être se vider à nouveau dans les sachets en plastique, Vomito Boy n’est jamais loin. Le cycle complet ne prendra qu’une demi-heure, dûment chronomètré par miss satin rose.

La route continue et petit à petit les écrans qui illuminent les derniers visages s’éteignent: fin de batteries sans doute. Le bus file maintenant à travers le pays, promenant les rêves et le sommeil d’une trentaine de personnes de Yangon au Lac Inlé. On imaginerait même passer une nuit correcte si des pauses régulières ne rythmaient pas notre progression. A chaque fois, les lumières se rallument, les freins crissent, un passager encore endormi trébuche et jure en quittant le bus, les soutes s’ouvrent et se ferment, le moteur redémarre. Tout un vacarme qui nous permet de mesurer le temps qui passe et de voir se rapprocher notre destination en même temps que la fin de notre nuit.

Pour une fois nous ne sommes pas suffoqués par la chaleur lorsque nous quittons le cocon d’air conditionné du bus. L’aube pointe à peine et nous sommes à 1000m d’altitude. On récupère nos paquets dans la soute accompagné du sourire de miss satin rose, un peu moins professionnel. Un administratif du tourisme bien matinal prend le relai et s’empresse de nous vendre le ticket qui nous permettra de circuler dans la zone du lac: petit arrangement autour du tarif à acquitter par les enfants et on se précipite terminer la nuit dans la guesthouse réservée.

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Nyaungshwe et son feu rouge, au vert!

Nos ombres sont minuscules à nos pieds lorsqu’on part à la découverte de la bourgade. Ce n’est plus la haute saison mais les touristes sont encore bien nombreux. On ne va évidemment pas leur donner tort d’être là. Il paraît que le lac est magnifique. C’est juste l’amour-propre un peu naïf de celui qui cherche l’insolite et aimerait tant se voir en dehors des sentiers battus qui en prend en coup. Objectif un peu plus difficile à atteindre en Birmanie qu’ailleurs. Le visa est limité à 28 jours et les déplacements sont lents pour ceux qui rechignent à prendre des vols intérieurs pour de raisons écologiques, financières ou pire idéologiques – les compagnies aériennes sont aux mains de la junte et ses copains. Les voyageurs se concentrent donc dans les zones accessibles sans permis spéciaux et pas trop éloignées des axes routiers. En résumé, on se retrouve tous à Yangon ou Mandalay en passant par le lac Inle et Bagan.

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Nous avons eu la chance d’arriver par la frontière thaï, moins fréquentée, avant d’aller à Yangon où le flux est dilué dans la ville. C’est seulement ici qu’on prend conscience de la logique des transhumances touristiques au Myanmar. Il faudra donc qu’on revienne avec plus de temps et de pognon pour aller à Mogok, une des capitales mondiales de l’extraction de pierres précieuses, à Mrauk U, le Angkor birman, ou à la rencontre du mythique triangle d’or.

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Cela n’empêche bien sûr pas une petite randonnée le lendemain matin. Aung, notre guide, nous emmènera dans la campagne, on traversera quelques villages. Dont un tout neuf. Les habitants, des Hpa-O, sont venus ici parce que leur village précédent était trop loin de la ville et ses infrastructures: écoles, soins, marché. En poursuivant la discussion, on se rend compte que cette initiative a été celle du gouvernement qui prend décidément bien soin de ses concitoyens. Il paraît qu’en droit international, on appelle aussi ça un déplacement forcé de population et que c’est assimilable à un crime contre l’humanité. On aura gardé cette dernière réflexion pour nous.

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Aung nous emmène rendre visite à un moine vivant en ermite et dans les profondeurs d’une grotte honorée de la présence de dizaines de Buddhas. Des lieux de méditation bien différents des pagodes dorées qui illuminent chaque paysage de leur sommet. De beaux lieux surtout prétexte à discussion avec notre guide qui petit à petit nous raconte son quotidien, sa famille, l’amour de sa région. On cueille et goûte du tamarin -excellent contre la constipation, ce n’est pas nécessaire merci – ou des champs du tabac local qui pousse ici sur des jeunes branches. Et au loin la surface du lac, comme un miroir dépoli dans la brume formée par les brûlis.

L’après-midi passera entre école, lecture et jeux. Le théâtre de marionnettes est fermé ce soir, on essaiera demain.

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Le moteur a des allures de gros frelon posé à l’arrière de la peine embarcation. Il vrombit tout pareil dans nos oreilles alors que nous glissons enfin sur le lac. La journée en barque fait partie des figures imposées du visiteur.  Et la balade est plaisante. La vie sur le lac s’est développée en une série de villages lacustres, tout y est “floating”: les maisons, le market, les potagers. Seules les pagodes et leurs millions de briques sont solidement arrimées à la terre. On visite les ateliers de quelques artisans – orfèvres, papetiers- découverte de belles techniques mais surtout prétexte à l’exploration de la boutique attenante. On joue gentiment le jeu. L’essentiel n’est pas là.

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du travail d’orfèvre…

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Plus loin, le village de Inn Dein nous dévoile ses centaines de pagodes à l’abandon. Elles émaillent la colline d’où le temple veille sur elles et le village. On y accède par un long et sobre passage couvert . Très long, le plus long d’Asie entend-on. Et tout autour, des pagodes. Certaines ne sont plus que tas de briques, d’autres, les plus proches du temple ont été restaurées et offrent leurs or, ou à défaut leur ciment frais, aux double regard du soleil et des visiteurs. Les plus intéressantes, les plus belles, sont telles que les ont laissé les assauts du temps et des pillards. Les enduits devenus poussière rejoignent le sol, la végétation rejoint le ciel: comblant les vides créés par le vol ici d’un visage, là d’une moulure.

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comme un memory dont il manquerait des pièces

Plus loin, c’est un embouteillage de barques que nous rejoignons en même temps que la pagode Phaung Daw Oo. On y honore cinq petites statues du Buddha. Les hommes viennent y appliquer des feuilles d’or. Les femmes ont le droit de regarder. Et cela depuis longtemps. Il y a tellement d’or sur chacune des statues qu’elles tiennent maintenant plus du bonhomme de neige ou de l’étron en or massif que de la forme humaine.

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D’une pagode à l’autre: L’égalité des genres toujours en débat

 

L’ambiance est joyeusement kitsch, les pèlerins et/ou touristes se mêlent aux marchands, chacun venant y trouver son compte. C’est ici qu’on rencontre la famille de la bulle vagabonde: c’est le nom de leur blog. Estelle et Michel se donnent dix mois pour faire un tour du monde avec leurs enfants Elise et Clément. On saisit l’occasion de passer du temps ensemble, frénésie de la conversation de toutes les générations.

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jardin flottant, surtout un potager

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La balade à vélos bi-familiale a lieu le lendemain après-midi. C’est l’occasion de redécouvrir les charmes des freins crissants, des pignons fixes et des selles défoncées. Rencontrer une famille francophone dont l’agenda concorde pour un moment avec le nôtre est un plaisir rare dont on entend bien profiter, d’autant plus quand on sent qu’il y a des atomes crochus. Nos roues à peine voilées nous mèneront vers un vignoble, un de deux seuls en Asie du sud-est. Le soleil déclinant dore le paysage, la terrasse est accueillante: La dégustation devient inéluctable. On ramènera une bouteille pour l’apéro avant d’aller manger des brochettes puisque le théâtre de marionnette est fermé ce soir. On essaiera demain.

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Et le lendemain, ça y est! La séance de marionnettes viendra couronner une journée ” à la cool” où nous aurons eu des math et du français, de la lecture et des papotes, du baseball amélioré, des arrangements de bus de dernière minute et des grandes tablées pour échanger nos expériences et bons plans. Le prochain rendez-vous avec la bulle est fixé en Bretagne ou à Bruxelles. Quant aux marionnettes, on a pu apprécier la maîtrise technique dont fait preuve le digne représentant d’une longue lignée de marionnettiste mais on craint bien de n’avoir pas saisi toute le richesse évocatrice de son art. En clair: le mec il est doué, mais j’ai rien compris.

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Allez, au lit, demain il y a minibus jusque’à Bagan.

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le Myanmar, mon général? en Birmanie mon colonel!

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Après avoir un peu gambergé devant des billets d’avions et quelques pages sur le passage de frontière par la route, c’est cette option qui a été retenue. Ayant vécu les envolées aéroportuaires sous air-co sécurisé, à nous la moiteur des postes frontières improbables et des fluxs migratoires spontanés et/ou clandestins. La Birmanie est devenue le Myanmar et le pays s’est bien ouvert aux invasions touristiques. Même si c’est sans doute plus par opportunisme économique que pour faire plaisir aux gentils activistes de chez nous. Quoi qu’il en soit, on ressent tout de même un petit frisson au moment de quitter la Thailande pour le pays des généraux et d’Aung San Suu Kyi. Pourtant ce dernier a un régime bien plus stable (quoi de mieux qu’une dictature militaire) que son voisin qui hésite entre royauté, démocratie et quelques manifestations d’opposants pas tendres.

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tuk-tuk partagé en direction de la frontière
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à gauche la Thaïlande, à droite le Myanmar.
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personne pour vérifier les papiers du véhicule

Le passage de la frontière se passe en trois étapes. D’abord quitter officiellement la Thaïlande en se frayant un chemin jusqu’au guichet qui ornera nos passeports d’un joli cachet. Ensuite, il faut traverser le “Friendship Bridge” pour arriver de l’autre côté de la rivière. Grand moment existentiel puisque nous ne sommes administrativement dans aucun pays mais qu’on est bien quelque part. Sous nos pieds, des barques transbahutent sans se poser des questions – elles- des migrants d’un jour ou d’une vie qui ont l’humilité de ne pas encombrer les guichets des douaniers. Ces derniers leur expriment visiblement toute leur reconnaissance en leur foutant une paix royale, ou militaire selon le côté du pont d’où on observe les choses. Quatre cents mètres de marche sous le cagnard suffisent pour qu’arrive enfin le moment tant attendu du poste frontière birman*.

Pas de déception, la moiteur est bien là. On se fait remettre des jolis formulaires qu’on complète la main sur le coeur. Ils sont ensuite corrigés par un fonctionnaire supérieur qui vérifie, nos passeports à la main, que les données sont bien exactes -bien sûr puisqu’on l’a fait la main sur le coeur- et nous envoie au guichet suivant pour la petite photo de bienvenue. Le tout sous le discours juste saoûlant comme il faut d’un brave bonhomme un peu trop heureux à l’idée de nous transporter vers nos nouvelles aventures dans son rutilant minibus. Deux cachets plus tard – générosité- nous sommes dehors et on se décolle avec peine de quelques marchands de transports copains du premier pour retomber dans les griffes du moins cher de la bande, mais peut-être aussi le plus véreux.

C’est donc sur 3 places et demi, payées 6, qu’on aura fait les 7 heures de minibus jusqu’à Hpa An. Le tronçon montagneux de la route est ouvert les jours pairs dans un sens et les jours impairs dans l’autre. Nous avions bien évidemment tenu compte de cette donnée capitale dans nos préparatifs, c’est le bon jour. C’est aussi le bon jour pour les travaux sur cette même partie montagneuse: embouteillage assuré. On cuit gentiment dans notre cocotte-minute à roulettes. Les enfants se font nourrir de soda et chips par nos compagnons de route quand ces derniers ne sont pas malades. Un ado chaperonné de ses parents finit par hériter du sobriquet de vomito-boy.

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formation karstique: le petit nom des rochers qui émaillent la plaine

L’hôtel et son air-co nous semble un palace quand on y arrive, il n’y avait plus de place à la guesthouse-backpakistan locale.

La ville de Hpa An ne présente que très peu d’intérêt, si on y est c’est pour la région alentours: grottes, pitons rocheux qui émergent de la plaine et stupas partout. C’est aussi une région à l’écart des circuits touristiques: des champs, des fermes, quelques pêcheurs. On côtoie un mode de vie qui n’est pas encore confronté au tourisme à grande échelle et on adore ça. L’excursion se passe en tuktuk, mal aux fesses sur les pistes, et relie des points reculés, jusqu’aux grottes de Saddar. Lieu de pèlerinage pour des familles, lieu de détente pour des bandes de jeunes: chacun y trouve son compte. La traversée des grottes nous dévoile des statues, des chauves-souris et nous amène sur un lac caché. Petite buvette quand même, autant pour les visiteurs que les pêcheurs qui se proposent de nous ramener en barque vers notre point de départ en échange d’un petit billet. Ce business-là leur rapporte-t-il déjà plus que la pêche?

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Encore un détour par un monastère et son jardin aux 1100 Buddhas. Site magnifique au pied d’un mont et deux sonos en concurrence. Impossible de déterminer si c’est le prêche ou le chant qui l’emporte. Pourtant, comme à tant d’autres endroits, personne n’a été avare de moyens. Les baffles s’empilent généreusement au pied d’amplis surpuissants. On croisera aussi des versions mobiles, pas moins tonitruantes en déclinaisons karaoké, publicitaires ou les deux à la fois.

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Entoure en rouge les Buddha sur la photo. Combien en vois-tu?

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Après avoir attendu le bateau “Yes, one pm!” jusqu’à 1h45 “Oh, no boat today!”, on avale notre frustration en guise de dîner et on prend finalement le bus pour Mawlamyine aussi connue sous le nom de Moulmein. Trajet sans encombre, vomito-boy est dans un autre bus, à travers cette campagne qui nous donne des envies de wwoofing complètement irréalistes vu nos visas de 28 jours et les règles qui régissent l’hébergement des foreigners dans le pays.

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Les ors des pagodes brillent sous le soleil couchant, le fleuve s’endort à nos pieds. Nous passons trois jours ici. Comme ailleurs, on est impressionné par l’accueil et la gentillesse des gens. C’est plus une curiosité réciproque que le monétaire qui domine dans les interactions. Nos flâneries nous mènent du marché et ses étals à des quartiers hors des cartes où on se sent en prise avec le pays tel qu’il est, sans fard. Le temps s’écoule gentiment entre les visites, les gargotes de rues et les moments de jeux ou d’école.

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le plus grand Buddha couché “in the world”: 200m. Un encore plus grand est en construction juste en face.
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un des 5 étages à l’intérieur du Buddha.

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Réserver les logements et les bus à l’avance devient une nécessité. Les fêtes du nouvel an approchent à grand pas. Les écoles sont déjà en congé et tout le pays a la bougeotte. Le trajet vers Yangon, ancienne capitale mais toujours le coeur du pays, se fait dans un bus tout confort: air-co, distribution de bouteilles d’eau et de sac à vomi (bien nécessaire, Vomito-boy a des émules) et diffusion de films locaux totalement ineptes. On est bien loin du faste des superproductions bollywoodiennes. Seul un goût commun pour le volume sur 11 les rapproche. On découvre donc les tronches des vedettes en riant à contre-temps et en reconstruisant notre propre version du récit- mais si! elle s’appelle Daisy!

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visage déformé par la superposition de feuilles d’or offertes.

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C’est surtout la pagode Schwedagon qui nous attire à Yangon. On y passera la matinée, on y reviendra en fin d’après-midi pour le coucher du soleil. Site majeur du pays, c’est un lieu multiple. Des dizaines de temples et pagodes s’organisent autour du stupa central. La magie des lieux est saisissante. Elle nous pénètre par les yeux comme par les pieds, nus sur le carrelage brûlant. On dit que l’âme du pays y palpite. Entre offrandes, pique-niques avec ou sans moines et séance de photos, toute une vie se déploie dans les allées, esplanades et lieux de culte. En plus, c’est jour de communion.

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le drapeau national en guise de coiffure! de l’autre côté, le drapeau US. La fête quoi!

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OK, le rite n’a rien à voir. On célèbre l’entrée des enfants au monastère, le plus souvent pour une courte période: une ou deux semaines. Mais le protocole est le même, les enfants marchent en procession, dans le costume de circonstance. Les parents et la famille suivent, eux aussi sur leur 31 et les bras chargés de cadeaux ou de petites soeurs. Tout le monde fait des photos et il y a même un officiant et un caméraman. Ce seront des centaines d’enfants de tous âges qu’on verra ainsi défiler, allant d’une stupa à une statue avant de se diriger vers leur monastère où ils seront tondus et prendront leur vêtement monastique (bordeaux pour les garçons, rose pour les filles). On en retrouvera certains de retour à la pagode au coucher du soleil, un peu étonnés d’être maintenant du côté des moines ou se plaignant d’avoir froid sans leur cheveux, il ne fait tout de même que 31° en fin de journée.

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Au moment de quitter la Pagode on se fait aborder par un couple et leur ado: Vomito-boy et ses parents, tout contents de nous montrer les photos des enfants qu’ils ont prises lors de notre trajet commun. Allez, la troisième fois on s’en boit un!

*même inexact,  birman est décidément plus facile et joli que myanmaresque ou myanmarien. Quant à myanmarrant, je le caserai dans un autre article.